mercredi 27 janvier 2010
Davos 2010
Pour vous informer sur ce qui se fait à la quarantième rencontre annuelle de Davos, cliquez sur les liens suivants:
40th World Economic Forum/site officiel en anglais.
Forum économique mondiale/Wikipédia.
Vous pouvez aussi consulter: le Blog Davos 2010/latribune.fr.
vendredi 22 janvier 2010
Obama/Banques - Joseph Stiglitz salue "un grand pas en avant"
NEW YORK, 21 janvier (Reuters) - Le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz a estimé jeudi que les propositions de Barack Obama visant à limiter la prise financière de risque par les banques de Wall Street étaient "un grand pas en avant", mais qu'une réglementation des marchés dérivés était toujours attendue.
"Comme c'est toujours le cas avec la réglementation, le diable se cache dans les détails, mais c'est un grand pas en avant par rapport à où l'on était", a déclaré Joseph Stiglitz dans une entretien à Reuters Insider TV.
Selon Joseph Stiglitz, qui enseigne à l'Université de Columbia, la leçon de la crise financière de 2008 est que "même les banques d'investissement doivent être fortement régulées".
Mais il a estimé que ces mesures proposées n'allaient pas suffisamment loin en ce qui concerne la réglementation des marchés de produits dérivés, qui ont été montrés du doigt pour avoir exacerbé la crise du crédit.
Les dérivés sont un problème "non seulement avec les très grandes banques, mais pourraient déboucher sur des banques qui sont non seulement trop grosses pour faire faillite, mais trop interconnectées pour faire faillite, comme ce fut le cas avec l'affaires AIG l'an dernier", a-t-il déclaré.
American International Group (AIG.N: Cotation) a eu besoin d'un plan de sauvetage public de très grande ampleur après avoir pris trop de risques en utilisant les CDS (credit default swaps), des produits permettant de s'assurer contre un défaut sur la dette.
Les propositions de Barack Obama ont fait penser à la loi Glass-Steagall prise après la Grande dépression de 1929 et abrogée en 1999, qui avait rendu obligatoire une séparation entre les banque d'affaires et les banques de réseau ayant une activité de commerciale.
Pour Joseph Stiglitz, rétablir cette loi telle qu'elle était n'est pas nécessaire, "mais le concept de base, tentant d'éviter un conflit d'intérêt, en s'assurant que la banque commerciale ne prend pas de risques excessif, ce principe est important", a déclaré le professeur d'économie.
(Jen Rogers, version française Danielle Rouquié)
lundi 21 décembre 2009
Livres suggérés à l'émission RDI Économie du 18 décembre 2009
Amies et amis internautes,
Voici les livres suggérés par RDI Économie:
- Tout savoir ou presque sur l'économie de John Kenneth Galbraith et de Nicole Salinger, 1978
- Le défi asiatique de Kishore Mahbubani, 2008
- Le Québec économique 2009: le chemin parcouru depuis 40 ans de Marcelin Joanis et Luc Godbout, 2009
- Votre retraite crie au secours d'Hélène Gagné, 2008
- Dans la jungle du placement: comment j'ai tiré mon épingle du jeu de Stephen A. Jarislowsky, 2005
- Pourquoi les crises reviennent toujours de Paul Krugman, 1999, version reprise et augmentée en 2009
- Keynes, par-delà l'économie de Gilles Dostaler, 2009
- Imaginer l'après-crise: pistes pour un monde plus juste, équitable, durable de Jean-François Lisée et Éric Montpetit, 2009
- Adam Smith à Pékin: les promesses de la voie chinoise de Giovanni Arrighi, 2007
- L'origine du capitalisme d'Ellen Meiksins Wood, 2009
- Survivre aux crises de Jacques Attali, 2009
- Le compte à rebours a-t-il commencé? d'Albert Jacquard, 2009
- L'économie ne ment pas de Guy Sorman, 2008
- Pour sauver la planète, sortez du capitalisme d'Hervé Kempf, 2009
- La prospérité du vice: une introduction (inquiète) à l'économie de Daniel Cohen, 2009
- La face cachée des banques: scandales et révélations sur les milieux financiers d'Éric Laurent, 2009
- Halte au gâchis d'Omar Aktouf, 2008
- Black Markets... and Business Blues d'Yvan Allaire et Mihaela Firsirotu, 2009
- Le management stratégique: de l'analyse à l'action de Francine Séguin, 2008
- Le facteur C, l'avenir passe par la culture de Simon Brault, 2009
- Acheter sans se faire rouler de Stéphanie Grammond, 2009
- Le code pour une éthique globale de Rodrigue Tremblay, 2008
- Quel commerce équitable pour demain de Corinne Gendron, Arturo Palma Torres et Véronique Bisaillon, 2008
- La souveraineté du Québec de Jacques Parizeau, 2009
- L'état du Québec : tout ce qu'il faut savoir sur le Québec d'aujourd'hui - 2009 de l'Institut du Nouveau monde, 2009
____________
Source: Carnet de Gérald Fillion: Suggestions lecture.
mercredi 16 décembre 2009
Le magazine Time couronne Ben Bernanke "personnalité de l'année"
Source: AFP
WASHINGTON — Le magazine Time a sacré mercredi le patron de la banque centrale américaine, Ben Bernanke, "personnalité de l'année" 2009, pour la manière dont il a géré la pire crise financière depuis la Grande dépression des années 1930.
"La récession a été le sujet de l'année", a souligné le rédacteur en chef de Time, Richard Stengel, dans un communiqué, pour qui "sans Ben Bernanke (...) les choses auraient été bien pires".
"Bernanke a non seulement tiré un enseignement de l'histoire, mais il l'a écrite lui-même et ne voulait surtout pas la répéter", écrit M. Stengel.
Homme discret projeté sur le devant de la scène par la crise, le président de la Réserve fédérale (Fed) est en effet un universitaire réputé et spécialiste reconnu de la crise des années 1930.
Nommé par le président George W. Bush, M. Bernanke a eu la lourde tâche de prendre la tête de la Fed en février 2006 après 18 ans de présidence d'Alan Greenspan.
En douceur, ce barbu presque chauve que tout ou presque oppose à son prédécesseur a profondément bouleversé les habitudes à la banque centrale, en refusant d'abord de tomber dans le "culte" dont faisait l'objet M. Greenspan.
La face la plus évidente de sa révolution est la politique de sauvetage d'institutions financières et de relance monétaire sans précédent mise en oeuvre au plus fort de la crise.
Le président américain Barack Obama, qui a reconduit M. Bernanke dans ses fonctions, a loué en juin son "travail extraordinaire".
Ben Bernanke s'est détaché de la sélection des finalistes de Time, dont faisaient partie M. Obama, --couronné "homme de l'année" l'an dernier--, ainsi que la présidente de la Chambre des représentants américaine, Nancy Pelosi, ou encore le PDG d'Apple, Steve Jobs.
Parmi les finalistes se trouvaient également le général américain Stanley McChrystal, qui commande les forces internationales en Afghanistan, le sprinteur jamaïcain Usain Bolt ou encore une entité générique baptisée "le travailleur chinois".
Pour Michael Grunwald, journaliste de Time, M. Bernanke a été choisi principalement parce qu'il est "l'acteur principal à la tête de la première économie mondiale".
"Sa gestion imaginative a contribué à faire en sorte que 2009 soit une période de légère reprise plutôt que de dépression catastrophique, et il continue à exercer un pouvoir sans égal sur notre argent, nos emplois, nos économies et l'avenir du pays", souligne le journaliste.
Dans une interview accordée à Time, Ben Bernanke reconnaît que la crise financière a mené les Etats-Unis "très, très près de la dépression".
"Je ne suis pas satisfait de la situation dans laquelle nous sommes, mais elle est bien meilleure que celle dans laquelle nous pourrions être", ajoute-t-il, reconnaissant qu'"il y a des choses que nous aurions pu mieux faire".
M. Bernanke, à qui les Américains reprochent volontiers d'avoir sauvé les banquiers plutôt que les emplois, admet également que faire baisser le chômage nécessitera "de nouvelles mesures pas aussi évidentes ou aussi claires que celles que nous avons prises".
Quant aux banquiers, ils "devraient se regarder dans la glace et décider de restreindre quelque peu la manière dont ils se rémunèrent eux-mêmes, sachant ce que le gouvernement et les contribuables ont fait pour protéger le système", dit-il.
La commission Bancaire du Sénat américain doit se prononcer jeudi sur la reconduction de Ben Bernanke, qui a fêté ses 56 ans dimanche, à la tête de la banque centrale.
_________________
L'article ci-dessus provient du lien: Google.com.
Pour lire l'article du Time, cliquez sur: Person of the Year 2009.
La thèse de doctorat de Ben Bernake est accessible par le lien suivant: MIT.
Pour plus d'informations sur Ben Bernanke, cliquez sur: Wikipedia.
vendredi 4 septembre 2009
Haïti: «Un agenda pour l'avenir»
Santo Domingo – 28 – 30 Août 2009
Monsieur le Président,
MM. les Membres de l’Association des Pasteurs,
Mes chers Rudy Boulos, Jim Morrell, Turnep Delpé,
Mes Chers Amis,
Laissez-moi d’abord vous remercier de votre aimable invitation à participer à cet important colloque et de vous féliciter de l’excellente préparation de nos travaux. Laissez-moi aussi rendre hommage aux orateurs qui m’ont précédé à cette tribune pour l’exceptionnelle qualité de leurs interventions. Également, je compte sur vous pour transmettre aux autorités dominicaines ma haute appréciation de l’accueil cordial qu’elles ont bien voulu nous réserver dans leur pays.
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,
Le Comité préparatoire m’a demandé de présenter un exposé sur le thème « Un Agenda pour l’Avenir ». Cet Agenda, je l’ai préparé. Il porte sur 12 points comme suit :
1. Faire de la croissance économique le moyen central de la lutte contre la pauvreté.
2. Augmenter les investissements
3. Bien choisir les moteurs de la Croissance
4. Adopter une approche territoriale du développement
5. Augmenter l’épargne interne
6. Redresser les faiblesses du secteur des banques commerciales
7. Créer une Banque Publique de Développement Agricole & Indus-triel
8. Mettre de l’ordre dans les entreprises publiques
9. Proposer un nouveau concept et des mécanismes nouveaux de l’aide étrangère.
10. Faire une série d’émissions de « bons diaspora »
11. Faire baisser le poids de l’augmentation de la pression démogra-phique
12. Conduire la bataille contre les inégalités.
En conclusion : dégager les voies du rapprochement nécessaire entre Haïti et la République Dominicaine, un rapprochement qu’imposent aussi bien le bon sens que la nature des choses.
Mais avant de vous présenter cet Agenda point par point, je voudrais faire trois remarques :
1) Il s’agit d’un programme destiné à se réaliser sur une période de 5 ans.
2) La réalisation du programme assume qu’il est conduit par une extrê-mement large coalition de femmes et d’hommes de bonne volonté, sans distinction de clans ou d’idéologies. Il suffit que ces hommes et ces femmes soient des transformateurs et qu’ils fassent passer les inté-rêts d’Haïti avant leurs intérêts personnels.
3) Pour vous faire partager les enjeux, il convient en guise d’introduction que je vous dise quelques mots sur la situation au point de départ.
Quel est notre point de départ ?
Haïti est un cas spécial. Contrairement à ce qui s’est passé dans la plupart des pays sous-développés au début des années 80, chez nous, ce qu’on a appelé la crise de la dette n’était pas seulement le fait d’une faillite de la politique financière, d’inflation et de fuite de capitaux. S’il ne s’était agi que de cela, un simple exercice de redressement des finances publiques aurait suffi. Chez nous, la crise de la dette s’est également accompagnée d’un déficit de légitimité politique, lequel découlait de méthodes autoritaires et familiales d’exercice du pouvoir, du désarroi de l’appareil administratif et de pratiques de corruption généralisée. La nature multiple de notre crise de la dette a donné lieu à trois phénomènes de correction qui ont prétendu changer pour longtemps la contexture sociopolitique de notre pays.
Les 3 phénomènes sont :
§ Démocratisation
§ Stabilisation
§ Libéralisation commerciale.
Il s’agissait donc de trois défis de taille.
Aujourd’hui nous pouvons dire qu’aucun de ces défis n’a été relevé, ni complè-tement ni de manière satisfaisante.
§ L’ordre constitutionnel a été brutalement interrompu à deux reprises en 10 ans, suivi chaque fois d’une occupation étrangère.
§ Les règles électorales ont souvent été manipulées, contournées et vio-lées avec un taux d’abstention de plus en plus élevé.
§ Les exécutifs, même quand ils jouissaient de la légitimité populaire et de l’autorité charismatique, se sont souvent montrés maitres de la tactique politicienne mais incertains quant au sens de la direction qu’il convenait d’imprimer au pays.
§ Le Parlement a souvent été le reflet non pas de partis politiques avec programmes et structure nationale mais de personnalités à forte ambi-tion individuelle sans souci d’institutionnaliser la démocratie.
§ La libéralisation des échanges commerciaux a été intempestive et n’a pas fait augmenter les exportations aujourd’hui, le déficit budgétaire est de $50 millions et pour la première fois depuis juin 2003, la balance des paiements est négative cette année.
Autant de faits et d’évènements qui ont conduit le pays à la paralysie, entrainé la perte de confiance du peuple dans la capacité, ou même la volonté des dirigeants à améliorer sa condition, ce qui l’a souvent forcé à choisir la route des humiliations ou la mort en haute mer, les deux générateurs de conflits avec nos voisins. Dès lors, la communauté internationale, une fois de plus consciente des risques que Haïti devienne de manière irrécupérable un foyer de déstabilisation et de terrorisme pour la sous-région, s’est dépêchée de nous envoyer, du niveau le plus élevé, un nouveau messager de l’espoir et de la délivrance.
Tel est, mes chers Amis, le contexte général dans lequel a été élaboré le projet d’Agenda que j’ai l’honneur de vous soumettre.
I - Faire de la croissance économique le moyen central
de la lutte contre la pauvreté.
Voilà, j’en conviens volontiers, un sujet qui devrait vous étonner. Car il est acquis, n’est-il-pas vrai ? que la pauvreté est notre problème No 1 et que c’est par la croissance que l’on réduit la pauvreté. Malheureusement au-jourd’hui, chez nous, la politique qui se fait n’est pas une politique de crois-sance mais une politique de stabilisation macroéconomique, laquelle se préoc-cupe avant tout d’éviter la hausse des prix et le déficit de sa balance des paiements. Malheureusement, cette politique de stabilisation, pour néces-saire qu’elle soit, ne s’accompagne pas du climat institutionnel qui aurait per-mis au secteur privé de prendre des risques et d’investir. Car ce secteur privé est contraint de fonctionner sans électricité, sans téléphones, sans des services portuaires efficaces et à bon prix, le tout aggravé par des règlements administratifs alambiqués propices à la corruption. Entre une stabilité macroéconomique rigide et un climat institutionnel pénalisant, la pauvreté n’a pas diminué et à poursuivre dans les voies d’à présent les commentateurs les plus optimistes pensent qu’il nous faudra attendre trente six ans pour réduire la pauvreté de moitié. Il nous faut donc sortir de ce guêpier et aller résolument vers la croissance, ce qui suppose évidemment un meilleur climat institutionnel et aussi une augmentation des investissements.
II – Augmenter les investissements
J’aurais aimé pouvoir vous dire de combien il conviendrait d’augmenter les investissements. Mais je ne sais pas et je ne peux pas savoir. « Pourquoi » ? Parce que, à simplement constater nos tableaux statistiques, le niveau actuel de l’investissement serait déjà de 28 - 30% du PIB. Or, 28-30% d’investissements représente dans tous les pays du monde un taux suffisant pour générer une croissance de l’ordre de 5-6% par an. Or, en Haïti, en dépit des soi-disant 30% d’investissements, il n’y a pas de croissance. Alors, que se passe-t-il ? Il y a trois hypothèses : Ou bien on compte pour investissements toutes dépenses financées par l’aide étrangère, même quand il ne s’agit pas, à proprement parler, d’investissements. Ou bien, les importateurs de biens d’équipements, pour des raisons fiscales, font passer pour investissements des biens de consommation. Ou bien nous dépensons vraiment 30% du PIB mais cet argent est détourné à d’autres fins. Alors, vous avez le choix : incompétence, fausses déclarations ou détournements de fonds. Dans tous les cas, il existe un besoin de clarification.
III – Bien choisir les moteurs de croissance
Investir, mais où, dans quels secteurs ?
a) Dans l’agriculture. Nous sommes un pays agricole et les rendements sont désespérément faibles. Il faudra dons non seulement favoriser aux plan-teurs l’accès à l’eau, à l’énergie, aux engrais et insecticides, mais lancer à vaste échelle des programmes de récupération des terres et de protection des bassins versants. Également, il conviendra de donner une haute priorité à l’investissement public et des incitations au secteur privé pour des inves-tissements créateurs d’emplois en milieu rural.
b) Dans les infrastruc-tures, dont l’état actuel est inacceptable. A titre de comparaison, la Répu-blique Dominicaine est desservie par 6000 Km de bonne route, nous à peine 1,000. Chaque Dominicain a à sa disposition 340 watts d’électricité. Chaque Haïtien, 27 Watts. Les logements, l’environnement dans les zones pauvres, les bidonvilles sont dans un état déplorable. Des plans nationaux devraient être élaborés et leur financement assuré par l’Etat avec de nouvelles res-sources.
c) Dans l’éducation, où les dépenses par élève devraient passer de $25 à $200.
d) Dans la santé, où les dépenses devraient passer de $25 à $50. e) dans l’assemblage et le tourisme, lesquels devraient bénéficier d’une politique fiscale adaptée aux besoins.
IV - Adopter une approche territoriale de développement
Une telle approche serait basée sur l’idée, déjà adoptée par le gouverne-ment actuel au stade pilote, que les acteurs locaux et régionaux devraient être impliqués dans la planification stratégique du processus de dévelop-pement de l’infrastructure en ce sens que s’ils ont une bonne connaissance des obstacles, ils pourraient ne pas avoir conscience du potentiel pour l’exportation, de la situation dans les pays voisins. Une telle approche stratégique, soutenue par le pouvoir central aiderait à combler ce vide. La route pilote Dondon-St Raphael et aussi Thiotte-Anse-à-Pitre devrait apporter une grande contribution à la pénétration de nouveaux marchés par les produits agricoles. Cette manière de faire serait systématisée et généralisée.
V - Augmenter l’épargne interne
Il n’y a pas de croissance sans augmentation de l’épargne. L’épargne publique, à l’heure actuelle, ne représente même pas 1.6% de G.200 milliards (le PIB) et devrait donc être augmentée considérablement. Les ressources publiques devraient passer de 10 ã 15% du PIB en cinq ans à la fois
§ Par un renforcement de l’efficacité du système fiscal
§ Un élargissement de l’assiette
§ Une lutte sérieuse contre la corruption
VI – Corriger les faiblesses du secteur des banques commerciales
Le Secteur des banques commerciales est le haut lieu des concentrations
§ Dans les avoirs : 3 banques en ont 62%
§ Dans l’allocation des crédits : 10% des emprunteurs individuels reçoi-vent 70% des crédits
§ Dans le choix des activités économiques : les services et les consomma-tions sont les gros bénéficiaires, l’agriculture et le transport pratique-ment rien.
§ Dans les mécanismes : tous les crédits sont à court terme, à long terme rien.
§ Quant à la catégorie sociale des déposants : à peine 0.16% des Haïtiens ont accès à un crédit bancaire.
§ Quant à l’écart entre les taux d’intérêts sur les dépôts et les taux sur les prêts : il est le double de ce qu’il est ailleurs dans la Caraïbe.
Il conviendra donc de donner aux banques commerciales les garanties juri-diques qu’à bon droit elles demandent quant à la fiabilité des titres de pro-priété, de créer entre les banques un climat de compétition plus incitateur, en attendant, et de créer une Banque Publique de Développement.
VII - Créer une Banque Publique de Développement
L’objectif serait de financer l’agriculture, les Petites et moyennes entre-prises, à long terme et à des taux d’intérêts qui seraient rémunérateurs mais non pénalisants. La proposition de créer une Banque Publique de Développement a soulevé deux catégories de réactions.
Dans un camp, on s’est frotté les mains en s’imaginant que Banque Publique signifiait automatiquement retour à l’IDAI et à la pratique de prêts géné-reux pour de mauvais projets, pas vraiment remboursables avec préférences pour des gens politiquement bien placés.
Dans l’autre camp, c’est l’orthodoxie qui prévaut : comment, s’est-on indigné, envisager de faire du financement public par ces temps de privatisation à outrance ?
Au premier, nous répondons qu’il n’y a pas une fatalité de la mauvaise gestion pour une banque, au seul motif qu’elle serait publique. Un bon Conseil d’Administration, un personnel compétent, des règles d’opérations bien éla-borées pouvant éviter toute déviation par rapport aux normes. Aux seconds, nous rappelons que le secteur public, de nos jours encore, contrôle la plus grande partie du crédit dans la majorité des pays sous-développés.
VIII – Mettre de l’ordre dans les entreprises publiques
Il s’agit d’entreprises chargées de fournir l’eau, l’électricité, le téléphone, d’assurer les services portuaires. Il s’agit donc d’entreprises qui sont le poumon de la société et de l’économie. Or, elles sont mal gérées, leur per-sonnel est en surnombre. En 2005, le montant des subventions à l’EDH était de $47 millions. Telle est l’incertitude qui règne dans le port de Port-au-Prince que beaucoup d’importateurs font transiter leurs commandes par la République Dominicaine. Ces entreprises, il s’agira donc soit de les gérer en contrats stricts, soit de les privatiser mais, dans un cas comme dans l’autre il conviendra de mettre en place, à l’avance, des organes de contrôle et de régulation chargés de surveiller et de sanctionner la corruption, de fixer les marges de prix aux consommateurs et de vérifier à tous moments la confor-mité de la gestion avec les termes du contrat.
IX – Introduire un nouveau concept et
des mécanismes nouveaux de l’aide étrangère.
Commençons par relever que les besoins d’aide étrangère sont considérables. Pour réaliser le Document pour la Croissance et la réduction de la pauvreté, il faudrait compter entre $5 – 7 milliards. Pour financer les dépenses de fonctionnement de transport et d’infrastructure de ces 5-7 milliards d’investissements, il faudra entre 5 à 30% de plus. Pour financer les dé-penses imputables à la réalisation des Objectifs du Millénaire, il faudrait compter environ $1.4 milliard par an d’ici 2015, soit environ $8.5 milliards. Or nous savons que, en ce moment précis, le Trésor Public est en déficit de $50 millions.
La conception Haïtienne de l’aide étrangère est mauvaise. Elle consiste à faire l’inventaire de nos besoins et à présenter la facture aux donateurs avec, très souvent, force accusations et récriminations. Nous devrions, au contraire, établir un calendrier de besoins assorti d’un échéancier des résul-tats, après qu’on aurait établi non seulement la part propre de l’effort natio-nal mais aussi un diagnostic complet des problèmes et des moyens - en res-sources humaines, équipements et entretien - par lesquels nous entendons réaliser notre plan d’investissement.
De même, nous devons essayer d’élargir le cadre de la coopération en re-cherchant notre intégration à l’Accord CAFTA (Caribbean Free Trade Agreement) avec les U.S.A., dont d’autres pays d’Amérique Centrale, y com-pris la République Dominicaine, sont déjà membres. L’avantage d’un tel Ac-cord serait qu’il consisterait un engagement ferme et définitif des USA, pas une concession révocable, et qu’il ouvrirait la voie à un flux d’investissements étrangers qui nous ont fait défaut jusqu’ici.
Une autre voie à explorer serait un Accord avec les USA qui faciliterait l’entrée sur leur territoire, chaque année, d’un contingent de nos compa-triotes et leur embauche dans l’agriculture et les services, en échange de quoi Haïti s’engagerait à veiller à leur rapatriement dès la fin de leur con-trat. Un tel Accord rendrait certains secteurs plus compétitifs aux USA, donnerait aux immigrants un pécule investissable en Haïti, diminuerait la pression des boat people et des braceros et améliorerait la nature de nos rapports avec nos deux voisins.
Au lieu de quoi, nous n’avons pas une bonne capacité d’absorption de l’aide étrangère. Souvent nous donnons l’impression de n’accepter le principe des réformes que comme le prix à payer pour recevoir l’aide. Les contrats d’exécution sont passés sans une procédure rigoureuse d’appels d’offres. Parallèlement, du coté des donateurs, l’aide est parfois liée, donc revient plus cher, est assortie de nombreuses conditions qui en rendent la consommation malaisée. De ce fait, elle donne lieu à des suspensions répétées et conduit les donateurs à la faire passer par les ONG.
X – Émettre « des bons diaspora »
En supposant réglée la question de la double nationalité et apaisées les ten-sions entre les deux communautés, on devrait pouvoir envisager l’émission par la BRH de bons à souscrire par les Haïtiens de l’extérieur dont les transferts au pays se chiffrent à plus de $1.5 milliards par an à l’heure actuelle. De tels bons qui auraient pour objectif de contribuer au développement, permettraient également aux souscripteurs de diversifier leurs portefeuilles. Ces bons seraient émis à long terme, non négociables, à échéances multiples et comprendraient des coupures de $100 à $1000. Ils ne seraient payables qu’à maturité.
L’expérience de tels bons a été faite par Israël dès Mai 1951 et repré-sente, à hauteur de $25 milliards, environ 32% de sa dette extérieure. C’est avec ces ressources qu’Israël a entrepris avec succès de grands travaux de désalinisation de l’eau de mer.
Une expérience de la même famille a été faite par l’Inde. La Banque de l’Inde s’adresse aux nationaux résidant à l’étranger et leur offre des taux plus rémunérateurs que ceux disponibles sur le marché des pays où ils rési-dent. Les bons sont émis dans toutes sortes de devises. Fin 1991, le porte-feuille de ces bons était de $11 milliards.
XI – Ralentir le taux d’augmentation de la pression démographique
Le taux moyen de croissance de la population a été de 1.4% entre 1971 et 1982. Entre 1982 et 2003, le taux d’accroissement a été de 2.5%. L’urbanisation également a été rapide – 4.9% par an – et le pourcentage de population vivant dans les villes est de 40% alors qu’en 1982 ce pourcentage était de 25%. De plus, la population est jeune. La moitié des Haïtiens a moins de 15 ans et 2/3 sont en dessous de 25 ans. Une telle structure de population signifie qu’une explosion de la population est inévitable, si l’Etat ne se donne pas pour mission de réduire le taux d’accroissement par l’intensification des méthodes de planification et la formation.
A défaut, la pression sur les déjà maigres ressources du sol et les services sera intolérable. Entre 1960 et maintenant, la densité a doublé, atteignant le haut niveau de 300 personnes par Km².
XII – Engager une lutte drastique contre les inégalités
De même que les chances d’amélioration des conditions de vie sont pratique-ment nulles aussi longtemps que la population continuera d’augmenter à ce rythme alors que la superficie n’augmente pas de 1 Km² de plus, de même les inégalités doivent se réduire si nous voulons la croissance.
Haïti est le pays le plus inégalitaire d’Amérique latine et de la Caraïbe. L’Amérique latine est le continent le plus inégalitaire du monde. En Haïti, 10% de la population disposent de 50% du revenu national. Mesuré au coef-ficient de Gini, - unité de mesure de concentration des richesses qui va de 0 à 1 et selon lequel plus on s’éloigne de 0, plus inégalitaire on est- les pays, Finlande, Canada les moins inégalitaires sont à 0.4 de coefficient. L’Amérique latine à 0.52, Haïti à 0.66.
Chez nous, les inégalités à la naissance se perpétuent toute la vie et se re-produisent de génération. Cela est moralement injuste. Cela est également catastrophique sur le plan de l’économie, car les inégalités exercent une pression à la baisse sur le taux de croissance, dès lors que 90% de la popula-tion ne disposent que des moyens limités pour participer à l’augmentation de la production. Combattre les inégalités passe par une égale répartition des opportunités entre tous dès l’enfance et des mesures de rattrapage et d’égalisation des chances sur le marché du travail. Seule une Conférence Na-tionale peut fournir le cadre d’un débat utile sur les options, le coût et le partage des coûts d’une politique nationale de lutte contre les inégalités.
Conclusion : Le nécessaire rapprochement entre Haïti et la République Domi-nicaine
En 1960, les deux pays avaient le même niveau de revenu par tête i.e. $500. Aujourd’hui en 2009, Haïti est environ au même niveau qu’en 1960. La Répu-blique Dominicaine, en 2002, avait un revenu par tête de plus de $2.500, soit cinq fois plus que nous. L’indice de fragmentation géographique est le même. Les U.S.A. sont le principal partenaire commercial de l’un et l’autre. Comme les Dominicains, nous avons accès aux facilités du Caribbean Basin Trade Act. Les deux pays ont subi les mêmes entraves sur la croissance de la baisse des prix des produits primaires sur le marché mondial.
Comment expliquer la différence de performance économique ?
a) L’environnement économique est plus favorable au secteur privé en Ré-publique Dominicaine, au point où les Dominicains exportent pour plus de $4 milliards de l’industrie d’assemblage, bénéficient de plus de $900 millions d’investissement. De plus, 30% des envois des Dominicains de l’étranger ($2 milliards) vont aux investissements alors que, chez nous, le plus gros des envois de l’étranger va à la consommation.
b) L’analyse comptable des composantes de la croissance montre que les différences de performance sont imputables à la différence en gains de productivité. En Haïti, les baisses dramatiques du revenu dans les an-nées 1980 et 1990 sont liées à la baisse de la productivité totale des facteurs alors que l’inverse est vrai en République Dominicaine.
c) Le tourisme représente 6 à 7 % du PIB dominicain. Le nôtre s’est ef-fondré. De même, la libéralisation intempestive du commerce extérieur sans qu’elle fut accompagnée de mesures propres à relancer l’offre a contribué à l’effondrement de plusieurs produits agricoles alors que la République Dominicaine avait mieux négocié son détachement de la pro-duction traditionnelle (sucre, tabac, café, cacao, minerais).
d) La phase de transition démocratique a donné lieu à plusieurs compromis entre les principaux acteurs et a moins perturbé la stabilité politique alors que, chez nous, la plupart des crises politiques se sont soldées par la violence.
La principale raison des tensions entre les deux pays réside dans la pression sociale que les haïtiens en situation illégale font peser sur le pays voisin, en dépit des immenses services qu’ils rendent à son économie.
La solution à l’atmosphère de crise permanente entre les deux pays est dans le rapprochement du niveau de performance économique d’Haïti par rapport à la République Dominicaine. Les circonstances sont favorables.
Le potentiel d’augmentation de production et d’exportation de l’industrie d’assemblage et de création d’emplois est considérable. Notre main-d’œuvre est abondante et habile. Les zones franches dominicaines, concentrées sur l’industrie d’assemblage font face à une concurrence sévère par suite de l’élimination de l’Accord Multi-Fibre, ce qui pousse les producteurs à s’orienter de plus en plus vers de nouveaux produits et de nouvelles tech-niques de production. De même, la décision de l’Organisation Mondiale du Commerce de faire cesser la promotion de politiques d’exportation pour les zones franches dominicaines en 2010 nous offre un potentiel d’augmentation de notre part d’accès sur le marché américain de l’assemblage et des pers-pectives d’arrangements de coproduction combinant main-d’œuvre haïtienne et production dominicaine. D’ailleurs, il n’y a pas de raison que la coproduc-tion se limite à l’industrie d’assemblage dès lors que les principales contraintes haïtiennes à la production (mauvais climat institutionnel, infrastructure déla-brée, formation déficiente) auront été levées. A ces mesures directes d’atténuation des écarts de performance entre les deux pays pourraient s’ajouter l’intégration d’Haïti à l’Accord DR.CAFTA, l’accroissement de la mobilité des ressources de main-d’œuvre haïtienne vers les U.S.A. à travers un Accord bilatéral et la mise en place d’un Accord d’harmonisation des poli-tiques économiques et commerciales entre les deux pays, au plan notamment d’un traitement équilibré de la production et des échanges entre les deux pays.
Un tel rapprochement serait une initiative de bon sens conforme à la nature des choses.
Marc L. Bazin
Président, MIDH
Santo Domingo, 30 aout 2009.-
vendredi 21 août 2009
Haïti: « L'économie sociale et solidaire, l'avenir d'Haïti »
L'Etat ne peut pas résoudre tous les problèmes posés par les opérateurs économiques qui peuvent se regrouper, s'associer, c'est-à-dire former des mutuelles, des coopératives pour accéder plus facilement au crédit comme c'est le cas dans divers pays devenus développés, souligne M. Georges pour que le crédit est l'un des moteurs de l'économie.
Définissant l'économie sociale et solidaire comme l'ensemble des personnes qui nónt pas d'importants revenus et qui se regroupent pour pouvoir subvenir à leurs besoins comme la consommation, le crédit, le logement, les soins médicaux...
« Le crédit est-il un frein ou est-il freiné, ou encore est-il l'accélérateur devenu un frein de l'économie?» se demande l'économiste en chef de la Sogebank, Pierre-Marie Boisson, qui déclare sans ambages qu'il y a intérêt à ce que le système financier soit plus profond.
M. Boisson attire l'attention sur le facteur «Risques» dans l'octroi de crédits aussi bien pour les institutions financieres, particulierement les banques commerciales que pour les déposants.
A la question de savoir si les banques auraient un quelconque problème avec les coopératives, l'économiste en chef de la Sogebank soutient que l'aire où interviennent les coopératives n'est la même que celle des banques commerciales. De ce fait elles ne sont pas des compétitrices directes des banques.
«Dans les pays où l'économie est prospère, il y a beaucoup plus d'institutions non bancaires dans le système financier qu'en Haïti. Aux Etats-Unis, les banques ne représentent que 30 % des actifs financiers », a encore indiqué Pierre-Marie Boisson.
Les deux invités se sont entendus que les coopératives qui ont fait faillite en 2002 n'étaient pas de vraies. Ils sont d'accord que ces coperatives dites d'épargne et crédit étaient des mécanismes de pyramide qui ont menti aux épargnants parce que leurs responsables savaient pertinemment qu'elles n'allaient pas tenir.
Source: Le Nouvelliste, 21 août 2009
Haïti: Une séparation pour le meilleur
A 54 ans, Guiteau Toussaint aligne des journées de plus de 12 heures pour abattre toute la besogne que lui impose son poste de président du conseil de la Banque Nationale de Crédit.
Pour cet ancien fonctionnaire qui est dans le service public depuis 35 ans, la direction de la BNC depuis 10 ans est un succes story qui demande de conjuguer tact, sens stratégique et capacité aigue d'analyse.
Avant de se retrouver à la tête de la BNC Guiteau Toussaint a travaillé au ministère de l'Economie et des Finances où il était directeur général et également dans d'autres institutions financières comme l'IDAI et la BANDAI. Mais pas avec des horaires aussi épuisants, précise-t-il.
« Rien qu'à voir mon visage, en dix ans, j'ai beaucoup vieilli avec la BNC », glisse-t-il en réponse à une de nos questions. Celui qui nous reçoit à son bureau au siège de la Banque la plus ancienne du pays a le sourire rassurant de celui qui sait ménager sa monture. Il est passé six heures du soir et sa journée n'est pas finie. Visite avec lui dans les années de la BNC qui vient de fêter ses 30 ans.
Guiteau Toussaint : - En 1979, le gouvernement haïtien d'alors avait pris la décision de séparer la BNRH qui était une banque d'émission et une banque commerciale et trésorière de l'Etat en deux institutions distinctes : la Banque de la République d'Haïti (BRH) qui est toujours une banque d'émission et qui remplit également les fonctions de régulation et de supervision du système bancaire. Et ensuite la BNC qui est strictement une banque commerciale propriété de l'Etat.
Cette décision a été motivée par les changements effectués à l'époque dans les finances en général. Il y a eu un ensemble de décisions qui ont été prises au niveau des finances publiques, au niveau du budget de la République, au niveau des recettes de l'Etat, le principe de la non affectation des recettes de l'Etat.... Avec ces informations financières, on a jugé qu'il était important, vu le rôle assigné préalablement à la BNRH, de séparer les fonctions de banque centrale et de banque commerciale. Sans vouloir porter de jugement sur cette décision, je crois que cela a été une très bonne chose de le faire ainsi parce que la Banque centrale ne pouvait pas continuer à assumer à la fois la fonction de banque commerciale et de supervision et de régulation du système bancaire.
Frantz Duval : - Aujourd'hui, quelle est l'identité de la BNC ?
Guiteau Toussaint : - Aujourd'hui, la BNC est la Banque Nationale de Crédit, une banque strictement commerciale, mais propriété de l'Etat haïtien. Elle est comme toutes les autres banques commerciales privées fonctionnant dans le pays. La seule différence entre la BNC et une banque commerciale privée est le propriétaire, l'actionnariat. L'actionnariat des banques commerciales privées est détenu par des particuliers alors que l'actionnariat de la BNC est détenu par l'Etat haïtien qui est le propriétaire unique de cette institution.
Frantz Duval : - Depuis plus d'une dizaine d'années, vous êtes à la tête de la BNC, entre-temps, il y a eu le sauvetage de cette banque par l'Etat haïtien, le rachat, l'absorption de la Socabank par la BNC, il y a eu aussi la privatisation évitée de justesse de la BNC. Pouvez-vous nous parlez plus amplement du parcours de la BNC au cours des 10 dernières années ?
Guiteau Toussaint: - Effectivement, je suis arrivé à la BNC en 1999, plus précisément au mois de mars 1999 avec une mission claire, nette et précise. C'était celle de restructurer cette institution. D'ailleurs le comité que je présidais s'appelait le Comité provisoire de contrôle et de restructuration de la BNC. Ce qui constituait un détour dans la vie de la BNC vu qu'avant, c'était toujours un conseil d'administration qui dirigeait cette institution.
D'où vient l'idée de ce comité de restructuration qui était le deuxième du genre? Cela venait du fait que la BNC a connu, comme toute institution, des moments difficiles dans son existence. Entre 1991 et 1995 (j'appelle cette période les moments difficiles de la BNC), d'autres banques commerciales privées sont arrivées sur le marché avec des ressources humaines beaucoup plus dynamiques et beaucoup plus orientées clients que la BNC. Cette dernière jouissait alors d'une situation de quasi-monopole avec la Banque Royale du Canada et la Banque de l'Union haïtienne.
Ce faisant, la BNC perdit rapidement des parts de marché et était déclassée de la première à la sixième position. A côté du fait qu'elle perdit des parts de marché, les fonds propres de la banque avaient également fondu avec les déficits enregistrés au sein de l'institution.
A ce moment, deux options s'offraient aux responsables : privatiser (moderniser) la banque ou la restructurer. Il y a eu une première expérience conduite par la Banque de la République d'Haïti, mais elle n'a pas donné les résultats escomptés. Alors l'Etat haïtien a pris la décision de donner une deuxième chance à la BNC afin de voir comment on peut sauver ce patrimoine national.
C'est ainsi que je suis arrivé à la banque avec la mission d'analyser les possibilités de la restructurer. J'avais trois mois pour donner une idée claire sur cette affaire à savoir si la BNC pouvait être sauvée ou s'il fallait la laisser périr. Moi et mon équipe nous avions compris qu'il s'agissait d'un défi et nous avions pris le taureau par les cornes et montré que le miracle était possible moyennant une restructuration dans ses modes d'opération, ses ressources humaines, sa capitalisation.
Ainsi nous avions fait notre rapport à l'autorité de tutelle, le ministère de l'Economie et des Finances et au Chef de l'Etat pour leur dire que l'institution pouvait être sauvée moyennant certaines conditions bien précises. Nous avions fait le travail de restructuration qui a duré de deux ans à deux ans et demi. Cette banque a pu être sauvée et est devenue un fleuron dans le patrimoine de l'Etat haïtien avec un actif total de plus de 18 milliards de gourdes, des fonds propres de 1.4 milliard de gourdes, des dépôts totaux de 15 milliards alors qu'en 1999 l'actif total de la banque était de 1.8 milliard de gourdes. Ainsi, pendant cette période, l'actif a pu être multiplié par 10, ainsi que les dépôts, les prêts et les fonds propres.
C'est ainsi qu'on a pu gérer cette banque pendant les 10 dernières années. Et, fait inédit dans l'histoire bancaire en Haïti, une banque publique a pu faire acquisition d'une banque commerciale qui était en difficulté. Cela a été une transaction pour protéger le système bancaire haïtien d'une crise systémique. Après ce qui s'est passé avec les coopératives financières, la Banque centrale a beaucoup incité la BNC à faire l'acquisition des actifs et passifs de la Socabank.
C'est ainsi qu'on a fait l'acquisition de la banque en difficulté. Car, la Soca présentait un avoir net négatif de 1.5 milliard de gourdes. Ce n'est pas une richesse. Cette transaction a été faite dans une perspective de sauvetage du système financier et de protection de l'avoir des déposants.
Après cette transaction réalisée en mars 2007, la BNC est en train de digérer cette absorption qui n'est pas toujours facile. Mais avec notre plan stratégique, la façon dont nous approchons cette absorption, nous pensons qu'à l'horizon 2011-2012, la BNC devrait complètement retrouver son équilibre.
Frantz Duval : - Il y a eu aussi une restructuration au niveau du personnel et au niveau de la technologie qui a été très importante. La vision de la BNC a aussi changé. Pouvez-vous nous parler un peu de tout ça ?
Guiteau Toussaint : - L'un des axes majeurs de la restructuration de la BNC a été les ressources humaines tant du point quantitatif qu'au point de vue qualitatif. La banque fonctionnait avec un effectif de plus de 800 employés en 1999 alors qu'on avait noté qu'elle pouvait fonctionner très facilement avec un effectif de 350 à 400 employés. Il fallait réduire la taille de cette institution en accordant certains avantages aux partants. Ce que nous avons fait. Et pour compléter l'effectif, on a fait appel à des consultants, des ressources beaucoup plus jeunes et dynamiques avec un nouvel esprit orienté client. Comme je le dis toujours, ce dernier est la raison d'être de la banque.
Il nous a fallu beaucoup de temps pour mettre ce nouvel esprit dans la tête de tout un chacun à savoir que la banque existe parce que le client y vient. Nous avons fait le travail, mais ce n'est pas encore gagné à cent pour cent. Il faut continuellement le faire avec les nouveaux qui arrivent, leur inculquer cet esprit et faire en sorte qu'ils puissent fournir un service de qualité aux clients qui arrivent.
Du point de vue technologique, la banque est dotée d'un puissant outil technologique up to date qui, bientôt, va subir une migration, c'est-à-dire qu'on va encore actualiser le système pour tenir compte des nouvelles réalités. De ce côté là aussi, la banque est prête. Il y a deux autres banques de la place qui disposent de cet outil très performant dont nous disposons. Nous n'avons pas beaucoup d'appréhension ni d'inquiétudes avec cet outil.
Pour diriger une institution comme la BNC, il faut aussi avoir de la vision. Une vision c'est comme un rêve auquel nous donnons un délai. Notre vision est de faire de la BNC une des banques les mieux cotées de la place en termes de services bancaires. Cette banque doit continuer à créer de la valeur pour son propriétaire et pour la communauté. Elle doit être une banque efficace et efficiente au service de la communauté et orientée vers la promotion de l'économie nationale. C'est notre vision de la banque et c'est cette vision qui, chaque jour, chaque mois, chaque année, défile continuellement devant nous dans notre travail.
Frantz Duval : - Ces derniers mois, l'économie mondiale a connu une crise. Au niveau d'Haïti, nous n'avons pas de répercussions directes mais, quand même, toutes les institutions sont affectées. Comment la BNC vit cette crise ?
Guiteau Toussaint : - Comme vous venez de le dire, les institutions haïtiennes ne sont pas directement affectées par cette crise mondiale. Mais les institutions financières sont interdépendantes. Quand la finance mondiale est en difficulté, nous autres aussi nous ressentons les secousses. Mais, les banques haïtiennes sont très résilientes, leur stratégie aussi, en terme de placement à l'étranger, a changé, comme l'a fait la BNC. Pour le moment, il n'y a pas vraiment de placements intéressants dans les banques étrangères. Donc nous avons changé notre stratégie pour nous adapter à cette nouvelle réalité. Mais ça ne pose pas un problème réel à l'institution, sauf que nous avons dû ajuster nos revenus ainsi que nos dépenses. A part cela, pas de grandes préoccupations.
Frantz Duval : - Dernièrement, c'était le lancement de la carte de crédit et de l'Assurance BNC. Est-ce que la BNC va changer d'image et proposer autre chose pour ses trente ans ?
Guiteau Toussaint : - Oui, nous allons encore proposer autre chose comme nous le faisons depuis 10 ans. L'année dernière, nous avons lancé l'Assurance BNC qui est un produit financier nouveau sur le marché haïtien. On a lancé la Carte de crédit de la BNC. Pour les trente ans de la banque, nous allons lancer la Carte prépayée de la BNC qui présente certains avantages par rapport à la concurrence. Et nous avons également lancé un Comte Vert pour montrer comment la Banque s'intéresse à l'environnement.
Le Compte Vert est un compte très simple. Chaque fois que quelqu'un ouvre un compte d'épargne à la BNC, il finance un arbre, ce qu'on appelle le Compte Vert. A travers un programme que la banque va avoir avec une fondation reconnue de la place, nous allons financer cette fondation qui travaille au bénéfice de l'environnement.
Ce sont-là les produits nouveaux que nous apportons pour ces trente ans et certainement l'année prochaine on aura d'autres produits. Car, chaque année, la banque tient à apporter un produit neuf à la clientèle et servir aussi la Communauté.
Cyprien L. Gary : - Dernièrement la BRH a fait sortir sur son site internet l'état de crédit des banques de la place. Selon ce rapport récent, il y aurait une contraction du crédit dans les banques haïtiennes. Est-ce qu'il n'y aura pas moyen de prévoir une plus importante distribution du crédit à la BNC pour les temps à venir ?
Guiteau Toussaint : - L'information qui a paru est correcte. On a noté une certaine contraction du crédit à l'économie au cours de l'année 2008-2009. C'est l'un des impacts de la crise financière mondiale. Ce qu'on a pu constater, c'est qu'il n'y a pas vraiment beaucoup de nouveaux projets bancables dans le secteur. La BNC, comme toutes les banques commerciales, est très intéressée à fournir du crédit à l'économie. C'est la mission de la banque.
Quand on se plaint que les banques n'accordent pas de crédit, je me dis toujours que c'est la mission de la banque. Le crédit, c'est comme une matière première pour la banque. Le travail de la banque est de transformer les dépôts qu'elle reçoit en crédits. Mais il faut faire des crédits viables, avec des projets bancables qui tiennent la route. En 2008-2009, on n'a pas vraiment eu des projets novateurs qui cherchaient des financements. Les quelques rares projets qui se sont manifestés ont vite trouvé des financements. A ce sujet, je peux citer l'exemple de E-Power qui est un projet de génération d'électricité d'une valeur de 56 millions de dollars. C'est un important projet auquel la BNC participe avec la Sogebank et la SFI.
Il y a également des investissements que nous avons consentis toujours dans le secteur de l'énergie électrique avec la compagnie Sogener dont la BNC est un partenaire important. Il n'y a pas vraiment d'autres projets qui ont sollicité des financements importants des banques qui sont là pour accorder du crédit. Quand les banques n'arrivent pas à accorder du crédit, ça les dérange. Pour la BNC, la situation n'a pas été différente des autres banques du secteur. En ce qui nous concerne, il n'y a pas eu de contraction, mais la croissance du crédit a été relativement faible, entre 4 à 5% par rapport à l'année dernière. Notre objectif est d'arriver entre 20 à 25% de croissance de notre portefeuille de prêts.
Propos recueillis par : Frantz Duvalet Cyprien L. Gary
