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mardi 7 mai 2013

Les remises de la diaspora dans le développement économique d’Haïti

Source: haitilibre.com, 2 mai 2013

Haïti - Économie : Les remises de la diaspora dans le développement économique d’Haïti
Dans le cadre des activités consacrées à la Journée de la Diaspora, l’Économiste F. Thélusma Conseiller ministériel pour la réinsertion économique de la Diaspora, a prononcé une conférence ayant pour thème, « Les remises des émigrants haïtiens et leur possible utilisation dans le développement économique d’Haïti. »

Texte de l’intervention de F. Thélusma :
« Bien que les institutions financières internationales comme la Banque Interaméricaine de Développement (BID) aient fait état d’envois monétaires dans le pays évalués ces derniers temps à $2.4 milliards de dollars américains, je ne me suis jamais professionnellement intéressé à ce phénomène pour questionner l’impact d’un tel flux monétaire sur l’économie haïtienne, dont le Produit Intérieur Brut (PIB) est évalué à 12 milliards de dollars. Quelques observations empiriques faites par des économistes et sociologues ont laissé entendre que la bidonvilisation des environs de Port-au-Prince est financée en grande partie par l’argent de la diaspora et je me suis toujours dit, bien que scandalisé par l’anarchie régnante de l’habitat des quartiers populaires, que les constructions en dur constituaient un pas vers le progrès et que les bénéficiaires de ces transferts jouissaient d’une amélioration de leur qualité de vie.

Il m’a fallu répondre à une invitation pour un séminaire organisé par le Bureau International de la Migration des Nations Unies, en conjonction avec le Ministère de la Défense du Chili tenu à Santiago sur les possibilités de rendre les remises plus productives et ainsi les tourner en éléments de développement local ou national d’un pays. C’est alors que j’ai saisis l’importance de ces flux monétaires au point de vue macroéconomique, si certaines autres conditions, que j’énumérai plus tard, sont remplies. Dores et déjà, nous observons tous qu’au point de vue microéconomique ou individuel, les récipiendaires des transferts sont avantagés par rapport a ceux qui n’en reçoivent pas en ce qui concerne leur mode de vie, par la capacité de consommer certains biens ou services au nombre desquels on peut citer l’éducation, les soins de santé, les services qui conditionnent l’aisance comme l’électricité, l’eau potable, le téléphone et d’autres loisirs.

La nature des remises :
Les remises sont des cadeaux qui sont faits aux membres de la famille restés au pays d’origine et sont donnés sans contre partie. Des auteurs qui ont étudié ce geste prétendent qu’il y a plusieurs raisons pour ce faire. Ces transferts peuvent être de motivation altruiste. Un père ou une mère qui vit dans un pays développé ne peut pas laisser sa progéniture mourir de faim en Haïti. Il en est de même pour un frère, une sœur, une cousine. Ils peuvent être de motivation égoïste en ce sens les dons faits maintiennent peuvent être une garantie contre les risques du futur si on a en tète que la maladie, le vieil âge ou n’importe quelle contrariété peuvent forcer quelqu’un à retourner vivre à son pays d’origine. L’accueil familial est donc important.

Les remises sont assimilées à la pension que reçoit un ancien employé de l’Etat ou d’une compagnie. La théorie économique les exclut dans le calcul du Produit Intérieur Brut d’un pays puisque le donneur ne reçoit aucune compensation en retour. En Haïti, notre économie de 12 milliards de dollars ne saurait prétendre s’élargir à 15 milliards même si une excellente année aux Etats Unis ou au Canada permettait aux immigrants Haïtiens d’envoyer 3 milliards de plus dans le pays. Cependant cette somme permettrait a l’économie nationale de croître si elle est épargnée dans des institutions financières et permettant aux entrepreneurs d’y avoir accès par le biais des investissements.

Les types de remises :
On observe généralement trois (3) trois types de remises :

  • Les remises familiales. Ce sont celles que les émigrants envoient à leurs proches parents pour la satisfaction de leurs besoins immédiats. On peut citer les besoins en nourriture, l’accès aux frais de scolarité des enfants ou adultes, les réparations à effectuer dans la maison familiale et la satisfaction d’autres besoins.
  • Les remises collectives sont celles envoyées par les associations de villes ou villages des émigrants pour l’édification de certains travaux dont peut bénéficier la collectivité en totalité. Par exemple l’Association de St, Michel de l’Attalaye à l’étranger vient de contribuer a la parution d’un plan stratégique pour le relèvement de la ville et des contributions financières seront collectées et envoyées à cette fin.
  • Enfin les remises pour investissement sont des transferts de capitaux plus importants faits pour des projets de société privés pour créer des entreprises moyennes ou grandes comme la création d’hôtels, d’hôpitaux ou encore d’autres activités capables d’attirer des touristes et de créer des emplois.

Les origines du « phénomène remises » :
La compétition entre les nations dans processus de création de richesses, leur dotation en ressources naturelles et leur exploitation appropriée font que certaines d’entre elles deviennent plus riches que d’autres. Les régimes politiques arbitraires amènent même la persécution politique contre les opposants et créent une certaine mobilité des défavorisés causant ainsi l'émigration vers des cieux plus hospitaliers. Par exemple, l'émigration haïtienne a commencé vers les années 1905 vers Cuba quand l'industrie de la canne à sucre requérait des bras pour la "zafra" de la canne à sucre. Les remises sont nées depuis lors.

Le même climat en République Dominicaine, grande productrice de sucre, exigeait des bras pour la coupe de la canne et Haïti en offrait beaucoup pour ce travail ardu. Nous savons tous ce qui est arrivé en 1937 (le massacre ordonné par le généralissime Rafael Leonidas Trujillo) dans lequel périrent plus de 7000 de nos compatriotes. Par la suite les régimes présidentiels haïtiens ont vu beaucoup d'haïtiens s'expatrier par choix jusque dans les années 1960 ou l'oppression politique a forcé cette fois, non pas seulement les ouvriers de la canne a sucre, mais aussi la classe des professionnels et celle des hommes et femmes d'affaires à s'installer dans les villes américaines, New York et Chicago d'abord puis ensuite Boston, Philadelphie, et finalement Miami pour les Etats Unis d'Amérique. Montréal et la ville de Québec au Canada devinrent le lieu d'accueil des Haïtiens pour le Canada. Paris et d'autres villes françaises furent choisies par d'autres émigrés d'Haïti ainsi que certains pays de l'Afrique francophone pour former ce qui est connu aujourd'hui sous le nom de la Diaspora Haïtienne. La source des remises est donc la diaspora.

Comment rendre les remises ou transferts productifs dans l'Economie Haïtienne ? :
Je dirai tout d'abord, que les remises améliorent la vie économique des bénéficiaires en augmentant de façon perceptible leur mode de vie en leur permettant de consommer des biens et des services auxquels ils n'avaient pas d'accès autrefois sur le plan microéconomique. Sur le plan macroéconomique, elles peuvent causer une augmentation des réserves nettes de change. Elles peuvent également créer une activité économique locale sans lendemain, et même créer une hausse des prix si les produits consommés sont importés. C'est peut être le cas Haïtien ou presque tous les produits de consommation sont importés. C'est pourquoi la malice populaire dit que l'argent reçu de l'étranger fait un « U-TURN ».

Pour que les remises soient capables de stimuler l'économie il faut d'une part que la gouvernance du pays soit basée sur des politiques publiques qui prônent l'épargne à partir de laquelle les investissements deviennent possibles. Ceci requiert un système bancaire efficace qui soit capable de promouvoir l'éducation financière chez les receveurs des remises à qui le mini-crédit serait disponible pour opérer de petites affaires. Le cumul de ces opérations augmenterait progressivement le volume de l'emploi et en conséquence le Produit Intérieur Brut (PIB) et le développement économique.

Conclusion :
‘’Bien qu'ils présentent souvent des avantages considérables pour les individus, les ménages et les communautés, l'émigration et les envois de fonds, ne sont pas une panacée aux problèmes structurels du développement’’ disait Manuel Orozco au séminaire organisé à Santiago. Si l'État néglige de poursuivre une politique tendant à revigorer l'économie par une politique fiscale (revenus et dépenses) prenant en compte certains secteurs de production et d'investissement, les remises peuvent doubler (5 milliards) et aucun développement n’en résultera.

L'État Haïtien a intérêt à voir les remises durer le plus longtemps possible sans en dépendre. Non plus, il ne devra rendre ses sujets dépendants de cette ‘’manne’’. Par le biais de l’éducation, il devra les rendre plus productifs et ainsi, les remises pourront servir non à l’augmentation de la consommation, mais également a celle de la production locale, si les receveurs de transfert ont la sagesse d’épargner dans des institutions financières une partie de ces remises, qui elles-mêmes seront disponibles pour l’investissement. La pluri-nationalité des haïtiens peut devenir une ‘’Bonanza’’ pour le pays dans les années à venir. »



Les transferts d'argent vers Haïti stagnent

Par  Dieudonné Joachim
Source: lenouvelliste.com, 3 mai 2013

Les Haïtiens ont reçu de leur diaspora, en 2012, quelque 1,988 milliards de dollars américains contre 2,057 milliard en 2011. Ce montant arrive loin derrière les 22,446 milliards du Mexique, champion de la catégorie.
 
La République dominicaine voisine a reçu 3,158 milliards et la Jamaïque 2,038 durant la même période.
 
En dépit de tout, en Haïti, comme au Guyana, au Honduras, au Salvador, au Nicaragua, au Guatemala ou en Jamaïque, les flux de transferts d'argent des migrants continuent de représenter encore plus de 10% du Produit intérieur brut (PIB).
 
Les transferts d'argent reçus dans toute la région de l'Amérique latine et des Caraïbes en 2012 a connu une stagnation par rapport à l'année précédente. 61,276 milliards de dollars ont été transférés au total en 2012, contre 60,9 milliards en 2011.
 
Depuis le dernier trimestre de 2008, l'augmentation du taux de chômage dans les pays comme les États-Unis, l'Espagne et le Japon, et la réduction conséquente des revenus des migrants d'Amérique latine ont provoqué une diminution sans précédent de la valeur des transferts de fonds vers la région.
 
Parmi les pays des Caraïbes, la République dominicaine a connu un taux de croissance significatif par rapport aux autres pays de la sous-région, avec une croissance en 2012 de 4,8%. Ceci est cohérent avec le comportement observé au sein des pays de l'Amérique centrale, qui, comme la République dominicaine, reçoivent la plupart de leurs envois de fonds des États-Unis, selon un rapport titré «Transferts de fonds vers l'Amérique latine et les Caraïbes en 2012: écart entre les sous-régions» récemment publié par la Banque interaméricaine de développement (BID).
 
Les envois de fonds vers les Caraïbes ont montré une reprise rapide en 2010 avec un taux de croissance de 8,3%, attribuable en grande partie à l'aide reçue par Haïti en réponse au tremblement de terre qui a frappé le pays cette même année.
 
En 2011, le taux de croissance, avait atteint 5,9%, croissance similaire dans le reste de l'Amérique latine. En 2012, les taux annuels de croissance dans cette région sont restés faibles, n'augmentant que de 1,1% au premier trimestre et 0,1% au deuxième trimestre.
 
Selon une enquête spéciale de la Banque interaméricaine de développement (BID) réalisée en 2006, 23% des montants des transferts ont été utilisés pour l'investissement. « Cela a favorisé la création d'emplois et a servi de filet de sécurité sociale. » La réalité ne change pas en 2012.
 
D'un point de vue micro-économique, les transferts d'argent représentent une source importante de revenus pour des millions de familles qui les reçoivent, même dans les pays ayant un PIB élevé. Ces transferts ont contribué à réduire le niveau de pauvreté dans les pays de la région et ont permis à de nombreuses familles d'atteindre un niveau de vie plus élevé, par le financement de leurs dépenses en biens de consommation et de l'investissement dans l'éducation, la santé, le logement et les entreprises. Sans ce flux régulier de ressources envoyées par les migrants à leurs familles, de nombreuses familles bénéficiaires tomberaient en dessous du seuil de pauvreté.

vendredi 15 mars 2013

Haïti/ Etonnée, la ministre Marie Carmelle Jean-Marie recadre le sénateur Jocelerme Privert.

NDCDP-Économie générale

Il s'agit d'un article du Nouvelliste. Le voici.

***

« Etonnée », MCJM recadre Privert
Par Roberson Alphonse
roberson_alphonse@yahoo.com

Source: lenouvelliste.com, 14 mars 2013


Le sénateur Jocelerme Privert a tout faux.
 
« Faux, la gestion de PetroCaribe n'est pas opaque et il n'y a pas de gaspillage comme le prétend le sénateur », a confié au journal la ministre de l'Economie et des Finances, Marie Carmelle Jean-Marie.
 
« Les fonds de PetroCaribe sont budgétisés et leurs décaissements suivent une procédure très compliquée », a-t-elle assuré, assise sur un canapé aux coussins jaunes bondé de dossiers à signer, jeudi, en début de matinée. Cette économiste explique que les projets financés dans le cadre du programme PetroCaribe sont approuvés par le conseil d'administration du BMPAD (Bureau de monétisation et des programmes d'aide au développement) et le Conseil des ministres. Après cette étape, le BMPAD autorise la BNC à faire les décaissements, a détaillé Marie Carmelle Jean-Marie, assurant que le solde de ce programme est toujours disponible sur le site du Ministère de l'Economie et des Finances MEF et actualisé dix jours après chaque virement effectué par les compagnies pétrolières.
 
Actuellement, le solde est de 314 188 000 dollars US, a souligné la ministre. Marie Carmelle Jean-Marie souligne que tous les projets financés sont budgétisés. Pour l'exercice en cours, 19 502 794 176 gourdes proviennent du programme la PetroCaribe. « Les sénateurs votent les programmes. Mais ils n'ont pas à voter les projets », a-t-elle insisté, soulignant que la communication du tome 2 du budget avec les projets financés aux sénateurs visent à leur fournir des informations. « C'est pour qu'ils puissent apprécier l'action gouvernementale, voir si les projets sont en cohésion avec les programmes », a dit Marie Carmelle Jean-Marie.
 
Des fonds provenant de PetroCaribe financent aussi des projets dans le cadre du programme de développement territorial. Dans le budget, les projets ne sont pas étalés parce qu'on accorde la priorité aux projets bons à financer qui sont exécutés à travers tout le pays, a-t-elle indiqué .
 
« On ne fait pas de dépenses hors ligne. Sinon, la Cour Supérieure des comptes et du contentieux administratif CSC/CA ne va pas approuver les comptes généraux », a garanti Marie Carmelle Jean-Marie, « étonnée des propos du sénateur Jocelerme Privert qui a toujours obtenu toutes les informations qu'il lui faut et qui sait où les trouver ».
 
La construction d'un aéroport international aux Cayes et un autre aéroport domestique à l'île-à-Vache « n'est pas du gaspillage », a soutenu la ministre. Ce sont deux aéroports à vocations économiques différentes. Aux Cayes, on pourra recevoir des avions avec 500 passagers désireux de réaliser des excursions ou faire du tourisme dans le grand Sud. Celui de l'île-à-Vache, un « petit bijou », pourrait accueillir de petits avions de touristes riches, comme à St-Barthelemie, a expliqué la ministre de l'Economie et des Finances.
 
Il n'y a pas de gestion hors norme du BMPAD et du Fonds d'assistance économique et sociale FAES, a rétorqué Marie Carmelle Jean Marie. Ces entités sont coiffées par des conseils d'administration, contrairement à ce qu'a avancé le sénateur Jocelerme Privert, selon Mme Jean-Marie. Le conseil d'administration du BMPAD est composé de six ministres et du gouverneur de la BRH. Le ministre des Finances, celui de la Planification, des Affaires étrangères, du Commerce et d'Industrie, de l'Agriculture et des TPTC, a-t-elle détaillé, journal Le Moniteur en main. Le ministre des Finances dirige celui du FAES avec le titulaire du ministère de la Planification, le ministre des Affaires sociales, le Fonds haïtien d'aide aux femmes, la FAN entre autres membres. «L'année dernière, une réunion du conseil d'administration du FAES avait eu lieu. Au cours de cette rencontre, le budget et le plan d'action ont été approuvés. On va avoir une nouvelle réunion fin mars ou début avril pour statuer sur l'évolution du FAES compte tenu de l'importance des programmes sociaux qu'il gère », a confié la ministre de l'Economie et des Finances, Marie Carmelle Jean-Marie.
 
Les chiffres sur les nouvelles prévisions de recettes internes évoqués par le sénateur Privert lui ont été communiqués par le ministère de l'Economie et des Finances. L'AGD et la DGI ont révisé à la baisse les prévisions de 52 milliards de gourdes. Celles-ci sont actuellement entre 43 et 44 milliards. Mais on va voir s'il y a des possibilités pour qu'elles atteignent 48 milliards de gourdes, a dit Marie Carmelle Jean-Marie, qui reconnaît « une surestimation des capacités de mobilisation des administrations fiscales et un changement de comportement des importations ». Au premier trimestre de cet exercice, les importations de matières premières non comestibles ont augmenté de 8 %. Ce qui prouve une reprise des activités au niveau du secteur secondaire, a indiqué la MEF, soulignant que ces importations-là ont bénéficié de franchises, donc d'une subvention.
 
L'Etat subventionne aussi le prix des produits pétroliers à la pompe. Au mois de janvier 2013, cette subvention était autour de 3 milliards de gourdes, a expliqué MCJM, ajoutant que l'Etat perçoit 85 % de ces recettes sur les taxes et redevances prélevées sur les importations. Cependant, malgré ces choix-là, l'économie nationale ne s'est pas « détériorée », comme le dit le sénateur Privert: « Il s'est basé sur la baisse des recettes, tributaires des importations, pour généraliser la situation économique du pays. Or, l'équation de base en économie entre l'offre et la demande, le PIB, plus les importations est égale aux consommations, plus les exportations », a indiqué cette économiste. « Il a pris la composante importation avec les recettes internes alors que nous, c'est le PIB que nous retenons pour mesurer l'activité économique », a expliqué Marie Carmelle Jean-Marie. « Pour le PIB, a-t-elle poursuivi, on a une augmentation de 8% pour le secteur agricole qui représente 20 à 30 % de la production haïtienne et la demande pour les produits textiles en provenance d'Haïti a augmenté de 18 % », a révélé celle qui gère les trésors de la République.
 
« Je ne peux pas dire pour l'instant si nous nous atteindrons les 6 % du PIB prévus pour l'exercice. Nous allons faire une première révision qui sera disponible au mois d'avril », a-t-elle informé en affichant un réel optimisme. Déjà, le taux de croissance de 8 % du secteur agricole représente 2 % du PIB, a fait remarquer Marie Carmelle Jean-Marie. « Je suis toujours disponible et prête à fournir des informations aux parlementaires »,a indiqué Marie Carmelle Jean-Marie, connue pour son franc-parler quand elle dit ou recadre...

samedi 13 octobre 2012

Haïti/ Comment les transferts de la diaspora pourraient aider à financer la reconstruction

 
Par Dr. Pierre Montès

Introduction

Soit P la valeur en dollars que l'on pourrait emprunter sur le marché aujourd'hui au taux d'intérêt annuel i . Le remboursement de cette somme augmentée des intérêts se ferait par des versements annuels d'un montant fixe A sur une période de n années. Le premier versement aurait lieu à la fin de l'année 1, le deuxième à la fin de l'année 2, et ainsi de suite; le dernier versement aurait lieu à la fin de la dernière année n.

En Économique de l'ingénieur et en Mathématique financière, on établit la relation entre P, A, i et n.

Il s'agit d'une relation fonctionnelle de la forme P = f (A, i, n).

L'établissement de cette relation est basé sur le principe d'équilibre suivant.

Le montant initial P, s'il était placé pendant n années au taux d'intérêt annuel i aurait pour valeur (capital et intérêts composés réunis) au bout des n années:

S1 = P (1+i)^n            (1)

(lire P multiplié par le binôme (1+i) exposant n)

Les n versements constants A auraient également rapporté des intérêts composés annuellement. L'addition des n montants A et de leurs intérêts composés peut s'écrire:

S2 = A (1+i)^(n-1) + A (1+i)^(n-2) +...+ A (1+i)^2 + A (1+i)^1 +A (1+i)^0    (2)

On multiplie les deux membres de (2) par (1+i) et l'on obtient:

(1+i) S2 = A (1+i)^n + A (1+i)^(n-1) +...+(1+i)^3 + A(1+i)^2 +A (1+i)^1    (3)

On retranche (3) de (2) membre à membre pour obtenir:

i S2 =   A (1+i)^n - A (1+i)^0    (4)

De (4) on tire:

S2 = A [(1+i)^n - (1+i)^0]/i

ou:

S2 = A [(1+i)^n - 1]/i     (5)

Le principe d'équilibre (ou d'équité) consiste à égaler les deux sommes S1 et S2. Les relations (1) et (5) conduisent alors à:

 P(1+i)^n = A [(1+i)^n - 1]/i     (6)

D'où:

P = A [(1+i)^n - 1]/[i (1+i)^n]    (7)

La relation (7) est la fonction cherchée.

On peut écrire la relation (7) sous la forme adimensionnelle:

P/A = [(1+i)^n - 1]/[i (1+i)^n]    (8)

On retrouve la relation (8) dans tous les livres de Mathématique financière ou d'Économique de l'ingénieur (Engineering Economy). Dans certains ouvrages, la valeur du rapport P/A est tabulée en fonction de i et de n.


Graphique de P/A en fonction de i et de n

Ce que l'on ne retrouve peut-être pas dans les livres est la représentation graphique de cette fonction.
La Figure 1 présente quelques courbes illustrant les valeurs de P/A en fonction de i pour des valeurs fixées de n  (n  = 1, 5, 10, 15, 20, 25 et 30 ans).

On constate que pour un n fixé, P/A diminue quand i augmente. Cela signifie que, pour un P donné, les versements annuels sont plus élevés si les taux d'intérêts sont élevés. Dans ces conditions, ce ne serait pas le bon moment pour emprunter.

De même, pour un i donné, P/A augmente quand n augmente. Cela signifie que, pour un P donné, une longue durée d'un emprunt permettrait des versements annuels plus faibles. Mais dans ce cas, le montant total des intérêts à payer sur la dette serait plus élevé.

Enfin, le rapport P/A est d'autant plus élevé que le taux d'intérêt est bas. Dans ces conditions, on pourrait se permettre de s'engager dans des emprunts de plus longue durée.



Figure 1 - Graphique de P/A en fonction de i et de n.





Graphique de P en fonction de A, de i et de n, dans le cas particulier où A = 20 millions de dollars


La Figure 2 illustre le graphique de P en fonction de A de i et de n. On voit que les courbes ont la même allure que celles de la Figure 1. En effet, les ordonnées de la Figure 2 sont celles de la Figure 1 multipliées par la valeur de A (ici 20 millions de dollars).


Figure 2 - Graphique de P en fonction de A, de i et de n pour A=20 millions de dollars. 




Une taxe de 1% sur les transferts de la diaspora servirait à rembourser un prêt de plusieurs centaines de millions de dollars

Une taxe de $1 sur chaque tranche de $100 de transfert de la diaspora vers Haïti, soit 1%, pourrait générer un montant de 20 millions de dollars par année. En effet, la diaspora transfère environ 2 milliards de dollars par année vers Haïti. Un poucent de cette somme est égal justement à 20 millions de dollars.

L'État haïtien pourrait, par une loi, aller chercher ce montant annuellement en taxant de 1% les transferts de la diaspora vers Haïti.

Un tel montant entrant chaque année dans les coffres de l'État permettrait à l'État de contracter un nouvel emprunt (intérieur ou extérieur) dont la valeur peut être estimée à l'aide des courbes sur la Figure 2 pour un couple (i, n) donné, selon les conditions du marché au moment où ce emprunt serait envisagé.

Voici quelques exemples.
  1. Si i = 1%, n = 20 ans, A = $ 20 millions, alors, l'emprunt s'élève à P = $ 360,9 millions. 
  2. Si i = 2%, n = 20 ans, A = $ 20 millions, alors, l'emprunt s'élève à P = $ 327,0 millions.
  3. Si i = 3%, n = 20 ans, A = $ 20 millions, alors, l'emprunt s'élève à P = $ 297,5 millions.
  4. Si i = 5%, n = 20 ans, A = $ 20 millions, alors, l'emprunt s'élève à P = $ 249,2 millions.

Ce montant emprunté P, compris dans les quatre exemples ci-dessus entre 250 et 360 millions de dollars, serait remboursé en 20 versements annuels égaux de 20 millions de dollars provenant de la taxe de un pourcent sur les tranferts de la diaspora.

Évidemment, d'autrescouples (i, n) conduiraient à d'autres valeurs de P données par le même graphique (ou par l'équation (7)).

Ce montant P servirait à financer la reconstruction d'Haïti.

L'idée est lancée. Elle ne m'appartient plus. Les dirigeants d'Haïti pourraient s'en inspirer pour faire avancer un peu la reconstruction du pays.

   

jeudi 26 juillet 2012

Haïti / Budget de l'exercice 2012-2013

Pendant les 25 dernières années, le budget de la République d'Haïti n'était jamais publié à temps, c'est-à-dire, avant le 30 septembre.

Tous nos compliments au gouvernement Martelly-Lamothe de renouer avec cette bonne habitude qui avait été mise de côté.

Voici le lien vers le fichier pdf:

scribd/Jean-Junior Joseph/ Projet de loi de finances de l'année fiscale 2012-2013

Nous ferons une analyse de ce budget sous peu.

vendredi 6 juillet 2012

Caracol / A Factory Grows in Haiti (a video from The New York Times)

«The showcase project for Haiti's earthquake reconstruction is being built far outside the disaster zone, in an area that could jeopardize the country's key conservation effort.»

Here is the link to see the video:

nytimes.com/ A factory grows in haiti, 9 min 50 sec, july 2012.

jeudi 7 juin 2012

Haïti / Liste d'ONG selon le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE)

Par Dr. Pierre Montès

Depuis quelques années, on parle dans le public de la présence de plusieurs milliers d'organisations non gouvernementales (ONG) qui opèrent sur le terrain en Haïti (*).

On dit que l'État haïtien n'arrive pas à coordonner les activités des ONG et à faire en sorte que leurs activités entrent dans le plan de développement du pays établi par le gouvernement.

Selon les informations disponibles sur le site Web du MPCE, il y a 171 ONG actives en 2011-2012. De plus, le nombre d'ONG reconnues par le MPCE de 1982 à nos jours est de 561.

 S'il existe effectivement des milliers d'ONG sur le terrain, seulement un faible pourcentage d'entre elles serait donc enregistrée au MPCE.

Les liens suivants conduisent vers les fichiers PDF contenant les listes d'organisations non gouvernementales (ONG) oeuvrant en Haïti, selon le MPCE.
  1. MPCE/Liste des 171 ONG actives - exercice fiscal 2011-2012 
  2. MPCE/Liste des 561 ONG reconnues par le ministère depuis 1982
Le lien suivant conduit au site Web du MPCE:
Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE)

Il y a sur le site du MPCE un lien vers l'Unité de Coordination des Activités des ONG (UCAONG). On y trouvera des informations fort utiles à ceux qui désireraient mettre sur pied une ONG en Haïti. Voici ce lien: MPCE/UCAONG.
_________________________
(*) Pour en savoir davantage sur les ONG, on consultera les liens suivants:
  1. Wikipédia/ONG
  2. Wikipédia/ONG internationale.

mardi 24 mai 2011

Quatre Propositions au Président Martelly Pour Financer la Reconstruction Nationale

Source: Forum Culturel, Lun 23 mai 2011, 20h 33min 39s

Par Jean-Éric Paul, économiste

« Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts » Charles de Gaulle


Sortir Haïti du marasme actuel, nécessite de la part des Haïtiens l’esprit d’ingéniosité et d’innovation. Il faut transcender les démarches traditionnelles et les veilles habitudes qui ont conduit au naufrage national. Le séisme du 12 janvier 2010, aurait causé la mort de plus de 300 000 individus et une perte « d’environ 60% du PIB national[1] ». Après l’urgence humanitaire, il va falloir passer à la longue et fatidique tache de la reconstruction qui nécessiterait énormément de moyens financiers. Selon la BID, il faudrait 14 milliards $ pour la reconstruction. Pour cette lourde tache, on ne peut pas compter que sur la générosité de la communauté internationale. Certes, Haïti ne peut prétendre pouvoir survivre actuellement, sans un appui international. Mais, là où le bât blesse, c’est que, de promesse en promesse, la situation socio-économique du pays va de mal en pis. Il ne serait pas responsable et judicieux de compter que sur la générosité internationale qui finance déjà notre budget à hauteur de 65%. Il en va de la dignité et de la responsabilité du peuple haïtien. Dans ce qui suit, nous nous demanderons s’il est possible d’envisager d’autres moyens pour répondre aux besoins de ressources financières ? Le projet paraît bien audacieux en ces temps difficiles. Mais on se risquera tout de même à montrer que nous n’avons pas épuisé toutes les opportunités existantes.


Quatre (4) propositions pour faire face à la difficile épreuve de la reconstruction

Les Français disent toujours : " Nous n'avons pas de pétrole mais nous avons des idées". La question qui nous intéresse ici est celle de savoir comment trouver les ressources financières pour la reconstruction nationale hormis celles accordées par la communauté internationale. Pour répondre à cette question, nous formulons quatre (4) propositions.


A- La création d’une Banque Nationale de Développement

D’abord, il nous faut un cadre rationnel de financement national et cela ne peut se faire que par la création d’une Banque Nationale de Développement en vue de collecter les fonds nécessaires pour financer seule ou conjointement les grands projets d’intérêt collectif (Routes, aéroports, transports publics, logements sociaux et autres équipement collectifs). Elle pourrait aussi accorder des prêts à plus ou moins long terme aux collectivités territoriales pour accompagner le processus de décentralisation, aux agriculteurs et industriels. Vouloir reconstruire c’est se donner les moyens adéquats. Une telle entreprise ne peut se faire en dehors de l’Etat. La question du développement ne saurait être une affaire strictement privée ou publique. C’est la raison pour laquelle cette banque ne pourrait être que le fruit d’un double partenariat public/privé.

Il s’agirait d’un consortium des banques dans lequel l’Etat posséderait au minimum une minorité de blocage. On pourrait ainsi imaginer le capital social de la Banque détenu par l’Etat haïtien, le secteur privés haïtien et si possible certaines institutions internationales (la BID, Caribean Development Bank et autres banques privées étrangères). Elle aurait une totale autonomie de gestion avec un statut de société anonyme dirigée soit par un Conseil d’Administration ou par un Directoire avec Conseil de Surveillance. Elle aurait une structure organisationnelle, transparente, sérieuse et efficace au même titre que les grandes banques étrangères. Elle serait certifiée ISO (International Standard Organisation) appliquant ainsi les principes de management par la qualité et auditée chaque année. Les conditions d’accord de crédit seraient transparentes et réglementées. Le risque de crédit serait géré de façon efficace. Tous les prêts accordés seraient couverts par un mécanisme d’assurance contre le risque de défaut de l’emprunteur (incapacité de rembourser, ne pas payer ses annuités à temps).


Canaliser les transferts des haïtiens d’outre-mer

Une fois, ce cadre de financement rationnel et solide créé, nous pouvons envisager la canalisation des transferts des Haïtiens d’outre-mer via la Banque Nationale de Développement et les orienter vers la reconstruction et le développement du pays. Selon le FOMIN[2], les transferts des haïtiens d’outre-mer vers Haïti, ont été évalués à 1.8 Milliards $ en 2007. Ce chiffre ne prend pas en compte les transactions faites par voie informelle. Elle pourrait à travers une stratégie de développement international, implanter une succursale dans chaque mégapole étrangère à forte concentration de la communauté haïtienne (New York, Montréal, Paris, etc.). Si la Banque prélève en moyenne 6% de frais sur ce montant. C’est 108 millions $ qui revient annuellement à la banque pour financer le développement.


Collecter une partie de l’épargne des haïtiens d’outre-mer

Outre la canalisation de transferts, on pourrait aussi envisager la collecte d’une partie de l’épargne des haïtien d’outre-mer à partir d’un simple dépôt à terme par exemple un « Plan Epargne Logement » de maturité 7 ans à raison de 200 $ ou 147 Euros par mois (taux de 1.36 $ = 1 euro). Si 500 000 Haïtiens d’outre-mer sur plus de 2 000 000 souscrivent à ce Plan épargne, c’est : 500 000* 200 $ = 100 000 000 $ par mois. Ce qui donne annuellement : 100 000 000 * 12 = 1.200.000.000 $ en terme de collecte d’épargne par la banque de développement. Plusieurs pays ont privilégié cette approche de canalisation de transferts et de collecte de l’épargne de leurs ressortissants. On peut citer les cas du Maroc, de la Tunisie avec plusieurs banques en France, Belgique et Espagne. On peut aussi mentionner le Mali avec sa banque de développement en France.


B- Le lancement d’un Grand Emprunt National

Dans le cas d’Haïti où tout doit être reconstruit, il n’est pas inutile d’en appeler à l’élan civique et patriotique de tous les haïtiens au sens d’un effort de solidarité nationale. Disposant de plus de 2 millions d’Haïtiens à l’extérieur du pays, l’Etat pourrait lancer un grand emprunt en direction principalement de la diaspora haïtienne via la Banque Nationale de Développement. En 1993, l’ancien premier ministre français Edouard Balladur, trouvant la France dans une situation socio-économique grave, a lancé un emprunt dit « Emprunt Balladur » aux français pour redynamiser l'activité économique. Le montant initial était de 40 milliards de francs ; il a eu un succès tel que l’Etat français en a recueilli environ 110 milliards de francs. Quant au cas d’Haïti, on chercherait à lever 1 000 000 000 $ à travers des « bons de développement » de maturité 10 ans, émis et garantis par la Banque Nationale de Développement (consortium réunissant Etat, Secteur Privé haïtien et l’International). Il s’agirait d’une forte mobilisation citoyenne, de toutes les forces vives du pays au sens d’un effort de solidarité nationale. L’argent récolté servirait à investir dans des projets d’utilité collective tout en préservant la rentabilité des investissements. On pourrait penser à créer des sociétés de transport terrestre, maritimes et aérien, logements sociaux, sociétés d’autoroutes, de chemins de fer par exemple, industries. On pourrait même donner droit et non obligation aux souscripteurs de transformer le nominal et les intérêts à maturité en actions de ces sociétés à prix préférentiels. Ils deviendraient ainsi propriétaires de celles-ci. Pour assurer le succès d’untel projet, il faut des moyens incitatifs tels que la double nationalité, le vote des haïtiens à l’étranger via les ambassades, la rétention d’un mois de salaire de tous les membres des pouvoirs exécutif et législatif (Président de la république, PM, Ministres, Secrétaires d’Etat, Parlementaires, etc..) pour la souscription de ces bons, la mise en avant du patriotisme haïtien, la nostalgie du pays et le désir de vivre ensemble, transformeraient à coup sur ce projet en un grand succès national. On pourrait même créer un label « entreprise citoyenne » pour les entreprises haïtiennes achetant ces bons. Ce serait un critère d’appréciation pour ces entreprises lors des souscriptions des marchés publics. Ces moyens incitatifs ont été mis en évidence par Dilip Ratha[3] qui reconnaît en cette approche un moyen sure et stable de financement. L’idée des Bons de développement est la meilleure façon de capter une partie de l’épargne des Haïtiens d’outre pour financer le développement. Actuellement, la qualité de signature de l’Etat haïtien ne lui permettrait pas de trouver preneur de ses bons sur un marché financier. Quand bien même, on trouverait preneur, cela reviendrait trop cher à notre pays de passer par les marchés obligataires étrangers. De plus, dans le cadre du financement par les marchés financiers internationaux, il n’est pas sans importance de se demander quel pourcentage de la dette d’un Etat souverain qui doit être détenu par l’étranger ? C’est dans ce contexte, qu’Israël a eu recours à sa diaspora. À la suite de la Guerre d’Indépendance, Israël était un pays économiquement sinistré. Les immigrants qui affluaient d’Europe et de pays arabes, vivaient dans des abris primitifs. La nourriture était rationnée et le pays ne disposait d’aucune infrastructure économique. Après avoir essuyé un refus de la Bourse de New York de lever des fonds, le Premier Ministre David Ben-Gourion a pris la décision de créer l’Organisation des Obligations de l’État d’Israël pour financer les infrastructures du pays »[4]. Ces bons furent réservés à la diaspora juive établie partout dans le monde. De 1951 à nos jours, Israël a levé 31 milliards $ pour financer son économie.

L’expérience de l’Inde n’est pas non plus négligeable. En effet, à travers 3 opérations : « India Development Bonds » (1991) avec 1.6 milliards $, « Resurgent India Bonds » (1998) avec 4.2 milliards $ et « India Millennium Deposits » (2000) avec 5.5 milliards $ [5], l’Inde a sollicité le support de sa diaspora dans le cadre du financement de son développement. Selon Dilip Ratha, avoir recours à l’argent de sa diaspora via de bons est un moyen indépendant de mobiliser des capitaux pour financer pour financer le développement.


C- La création d’un fonds souverain dit « Fonds Louverture »

Un Fonds Souverain est un fonds d’Etat. Le premier fonds souverain créé, a été le fonds du Koweït en 1953. L’idée de la création d’un tel fonds en Haïti, est loin d’être négligeable. Nombreux sont les Etats ayant jugé nécessaire de se doter d’un tel fonds. On peut citer la France, Norvège, Emirat Arabe Unis, Etats-Unis, Chine, Koweït, etc.…

Le Fonds souverain serait un fonds d’assurance
Chaque année le pays est susceptible d’être frappé par des cyclones et inondations pouvant causer d’énormes dégâts au niveau agricole et des infrastructures. Haïti a connu durant ces cinq (5) dernières années:

- Quatre (4) ouragans dévastateurs causant d’énormes dégâts humain et matériels

- Des émeutes de la faim aboutissant au départ du MP J.E Alexis.

- Plusieurs grèves de transports causés par la hausse de prix du pétrole sur le marché international.

- Un tremblement de terre terrible aux conséquences dévastatrices.

Mais ce que beaucoup d’entre nous ignorent, c’est qu’il existe des mécanismes qui permettent de gérer ces grands risques en terme d’assurance aux dommages causés. Il est possible de se prémunir tout aussi bien contre les risques liés aux matières premières qu’aux catastrophes naturelles. Le marché traditionnel des assurances ne permet pas de couvrir ces grands risques. Il existe des mécanismes appropriés pour les gérer. Avec un tel fonds, il deviendrait possiblement de se couvrir contre les catastrophes naturelles en termes de dommages causés.

Le Fonds souverain serait aussi un fonds spéculatif
Nous ne cesserons de le dire, il faut sortir de la vision traditionnelle pour embrasser une nouvelle approche. Cette nouvelle vision du pays passe nécessairement par l’esprit d’innover. La Banque Nationale de Développement, chercherait à avoir une expertise en terme de gestion d’actif. De cette fonction, on saura comment partir d’un fond initial, le faire fructifier pour financer le développement. Georges Soros plus connu chez nous pour ses œuvres caritatives que pour son talent de grand financier, a réussi à accumuler une véritable fortune en très peu de temps. Beaucoup d’entre nous, ignorent les techniques employées par ce Monsieur, qui lui ont valu d’être le 24 ième homme le plus riche des Etats-Unis avec une fortune estimée à 13 milliards $ en 2009, selon le classement du magazine Forbes, ce qui représente deux (2) fois la richesse d’Haïti (PIB national = 6, 95 milliards $ en 2009). Georges Soros a utilisé des techniques couramment utilisées par les grandes banques étrangères, les hedge Funds, etc. Ces techniques pourraient être aussi utilisées par nous pour faire fructifier le fonds initial et dégager ainsi des ressources pour financer le développement.


D- Le partenariat avec des fonds éthiques et souverains

Il existe une catégorie des fonds qu’on appelle couramment « fonds éthiques » qui financent des investissements dits éthiques. Ces fonds essaient de concilier des objectifs financiers classiques (recherche de performance) avec des critères de sélection sociaux, éthiques ou écologiques. L’investissement Social et Éthique peut être réparti aujourd’hui selon les trois axes de développement suivants :

1. L’Investissement Socialement Responsable
2. L’investissement solidaire
3. L’investissement islamique

Certains de ces fonds peuvent dans certains cas appliquer des critères d'exclusion tels que les secteurs de l'armement, de l'alcool et du tabac pour des raisons éthiques ou religieuses. Certains incluraient des investissements allant dans le sens du développement des pays du tiers monde. Dans le cadre des grands projets d’Etat, les partenariats en terme de financement avec les fonds éthiques et les fonds souverains étrangers ne seraient pas négligeables. Le puissant fonds souverain des Emirats Arabes Unis « Abu Dhabi Investment Authority » totalisant un montant total d’actifs de 875 milliards de dollars us, ayant des participations dans des nombreuses sociétés étrangères est un exemple possible de partenariat.

Jean-Éric PAUL
Paris
__________________

[1] http://www.ruefrontenac.com/nouvelles-generales/international/16891-bellerive

[2] Fonds Multilatéral d’Investissement (FOMIN) de la Banque interaméricaine de développement

[3] Economiste à la Banque Mondiale

[4] https://www.israelbonds.ca/qui.asp


[5] “Diaspora Bonds: Track Record and Potential” by Suhas Ketkar Vanderbilt University & Dilip Ratha The World Bank

In Migration and Development Conference World Bank, Washington DC, May 23, 2007




samedi 4 septembre 2010

Muhammad Yunus discusses plan to help Haiti

Source: miamiherald.com,

Amies et amis internautes,

Il s'agit d'un entretien accordé par le prix Nobel de la Paix (2006) Muhammad Yunus à Jim Wyss de Miami Herald.

Cliquez sur le lien suivant pour écouter/voir le vidéo:

Muhammad Yunus/Plan to help Haïti, 6 min 53 sec.

lundi 30 août 2010

Plans and Benchmarks for Haiti

Source: The New York Times/Editorial.
Published: August 29, 2010

The Interim Haiti Recovery Commission was set up after the Jan. 12 earthquake as a joint Haitian-international effort to effectively channel billions of dollars of donated reconstruction aid.

Like everything else about the recovery effort, the commission, led by Prime Minister Jean-Max Bellerive and former President Bill Clinton, has been too slow off the mark. But we were encouraged by its second meeting in Port-au-Prince this month, where it announced dozens of new projects with clear benchmarks and the commitment of more than $1 billion to complete them.

The commission finally has its executive director, a Haitian, Gabriel Verret, a former economic adviser to President René Préval. About 30 crucial staff positions are still unfilled, a troubling sign. Without a full, permanent staff, the commission will surely have a harder time showing results and pressing donors to meet pledges.

The goals outlined at the meeting include clearing a million cubic meters of rubble in Port-au-Prince and building enough short-term hurricane shelters for 400,000 to 500,000 people — both by November. The longer-term plans include a two-year, $4.3 billion reinvention of Haiti’s public school system, a $200 million program for agricultural development, and a $15 million, 320-bed teaching hospital in Mirebalais, in central Haiti.

The hospital is a project of Partners in Health, an exemplary nongovernmental organization whose founder, Paul Farmer, has spoken forcefully about the need to break bad old habits of international aid, which in half a century has never reached the goal of creating a functioning country run by Haitians for Haitians. At a Capitol Hill hearing in July, he noted that only 3 percent of earthquake aid had gone to the Haitian government.

The low figure is understandable, since the government was weak to begin with and devastated by the quake. Dr. Farmer’s larger point is valid. Rebuilding Haiti requires building a functioning, responsive Haitian state. A hospital that teaches a new generation of Haitian doctors and nurses, meeting an aching need for medical care while spurring the home-grown economy, is a fine example of how to do that.

Commission members and supporters insist that by the standards of international bureaucracies, they are moving quickly and efficiently. Perhaps. But Haiti’s urgent and unmet needs are staggering.

The International Federation of Red Cross and Red Crescent Societies recently announced that it was distributing new plastic tarps to 80,000 families. They are replacing old tarps that have frayed in the last seven months while people have waited, fruitlessly, for homes.

samedi 13 février 2010

Haiti-after earthquake/ Help Haiti Rethink and Reconfigure

By Luis Alberto Moreno
President, Inter-American Development Bank
Source: The Huffington Post, February 12, 2010 04:19 PM


A month after the earthquake, Haiti is a testament to human tenacity. In Port-au-Prince the other day, I saw people making bricks, cooking food on the street, retrieving usable planks from the rubble and using newly restored cell phone service to place calls to the outside world.

Haitians have begun to rebuild, using whatever they can find. All of us who care about this proud country's people must rally around them and turn this tragedy into an opportunity to help Haiti rethink and reconfigure.

Many have questioned whether the government in Port au Prince is up to the task of building a new nation that lifts people out of poverty and ends the negative cycle that has made Haiti the poorest country in the Western Hemisphere.

I do not share that view. The international community must do a better job this time in supporting the people of Haiti build a better tomorrow. First, we must first recognize that Haiti is a sovereign, democratic country that must take ownership of plans to construct a stronger, more resilient land. Experience has repeatedly demonstrated that solutions developed from the outside do not work.

In my talks with Haitian President René Préval, he has welcomed the international community's efforts to strengthen the government's ability to plan and lead the enormous task ahead. We can provide technical assistance and help Haiti harness the world's best talent in areas such as job creation, green energy and sustainable agriculture.

Some prominent voices have also called for the establishment of a multi-donor trust fund for Haiti. I support such a mechanism. But we need to be much more ambitious and go beyond just providing money; we need to partner with Haitians on new ideas of how to build the new Haiti. Reconstructing what was there before the earthquake is neither desirable nor sustainable. As President Preval told me, we need to help reconfigure Haiti for the 21st Century.

The Inter-American Development Bank is working with the World Bank, the United Nations, the European Union and bilateral donors on a post-disaster needs assessment for Haiti, which we expect to complete by mid-March. This assessment must be complemented by government leaders' strategic vision of what kind of country they want Haiti to be.

As donors prepare for our next conference, we are considering how best to organize a trust fund for Haiti and divide responsibilities. With 50 years of experience in Haiti and nearly $800 million in active development projects in the country at the time of the earthquake, the IDB stands ready to play a leading role in Haiti's reconfiguration.

Any multi-donor trust fund will require unquestioned transparency, a clear delegation of responsibilities and accountability. Such a fund must facilitate internal coordination within the Haitian government and external coordination among donors. The key is to minimize duplication and maximize the impact of aid dollars.

A trust fund for Haiti must publicly track the money flowing into the country and where it is going, ensuring that we streamline disbursements for projects, establish a uniform set of procurement standards and management practices and execute all reconstruction operations effectively and in the open.

The goal must be to place rebuilding efforts within a comprehensive development strategy. One need already identified by the Haitian government is decentralization, the establishment of housing and sustainable economic activity outside the capital. This is a chance for Haiti and its partners to build a reforested, rethought and renewed Haiti.

At the IDB, we are reviewing our undisbursed portfolio of $340 million in grants and loans to Haiti in the wake of the earthquake. Many of our projects for roads, water, sanitation and sustainable economic development are outside Port au Prince, in areas where tens of thousands have fled. With the government's agreement, we want to accelerate and expand these operations, working to attract new private investment that will be key to Haiti's future.

We are also working with the U.S. government and our other member nations to explore ways to bring further debt relief to Haiti. The IDB, as part of an international agreement, granted $511 million in debt relief to Haiti last year. A U.S.-sponsored fund is paying the country's debt service for Haiti's outstanding $447 million in IDB loans over the next two years, so no funds are leaving the country. But as several South American presidents agreed this week in their Haiti aid summit in Quito, Ecuador, we need to do more on debt relief, and we will.

But for any rebuilding strategy to work over the long term, donors must commit to follow through on their pledges. Already the TV cameras are starting to avert their gaze from Haiti. But the world must be ready to stay there for however long it takes.

The list of Haiti's needs is long and the time to move from the planning phase to execution is growing short. Let's listen to Haiti's leaders, coordinate our responsibilities and get to work rethinking and reconfiguring the new Haiti that its resilient people deserve.

mardi 9 février 2010

Construire Haïti: Plan stratégique de sauvetage national (PSSN)

Amies et amis internautes,

Haiti Democraty Projet, à la suite de la réunion de Saint-Domingue en été 2009, a rédigé un plan de développement ambitieux, mais réaliste pour les 25 prochaines années. Ce plan, paru le 7 février 2010, prend en compte des dégâts du séisme du 12 janvier 2010. L'exécution du plan sur les 25 ans mobiliserait 100 milliards de dollars US.

Le document fait 173 pages.

Voici le comité de rédaction et de pilotage:
  • Rudolph Henri BOULOS, coordonnateur général
  • Sauveur Pierre ÉTIENNE, conseiller politique
  • Guichard DORÉ, Conseiller technique
  • Leslie J.-R. PÉAN, Conseiller économique
  • Marc L. Bazin, Conseiller à la Coopération externe
  • Jean-Érich RENÉ, Conseiller à la Logistique
  • Lucie Marie-Carmel AUSTIN, Conseillère à l’Éducation
  • Ray H. Killick, Conseiller à l’Ingénierie organisationnelle
  • Jessie CAMEAU COICOU, Conseillère à la Sécurité
  • Irvelt CHÉRY, Conseiller à l’Organisation et à la Diffusion
  • Robert BENODIN, Conseiller à la Communication

Plusieurs experts ont collaboré au projet. Parmi eux, le rapport cite:
  • le magistrat Willy LUBIN
  • l'économiste Jean Éric PAUL
  • l'experte Emmanuelle GILLES
  • l'ingénieur Jean Édouard PAUYO
  • Dr. Theodor TUDOROIU

Pour lire le rapport, cliquez sur le lien suivant:

Nous reviendrons ici un peu plus tard pour des commentaires.
________________

Site Web de la coordination du projet: Haitian Democraty Project.

lundi 8 février 2010

Reconstruction d'Haïti : le casse-tête de la corruption

Selon la Banque mondiale, Haïti est parmi les moins accueillants pour les investisseurs :
corruption, procédures longues et complexes rendent difficile tout lancement d'activité dans ce pays ravagé par un puissant séisme
Photo: Reuters/Eduardo Munoz, publiée dans lemonde.fr, 2 février 2010
***


Source: LE MONDE, 2 février 2010
Par Grégoire Allix


Investir des dizaines de milliards de dollars dans un pays classé parmi les moins favorables aux affaires et les plus corrompus du monde : c'est l'un des casse-tête que doit résoudre la communauté internationale pour reconstruire Haïti après le séisme du 12 janvier, qui a fait au moins 170 000 morts. Elle tente d'associer massivement le secteur privé, appelé à relancer le moteur économique d'un pays depuis longtemps en panne et où 78 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour.

Alors que les dons recensés par l'ONU dépassent désormais les 2 milliards d'euros, le Forum économique mondial de Davos, qui s'est tenu du 27 au 31 janvier, a été l'occasion pour Bill Clinton, envoyé spécial de l'ONU en Haïti, d'appeler les chefs d'entreprise rassemblés en Suisse à un "partenariat global". L'investissement en Haïti doit être vu comme "une occasion de faire des affaires", et non comme une forme d'assistance, a plaidé l'ancien président américain, qui s'était rendu en Haïti en octobre 2009, accompagné par deux cents chefs d'entreprise.

"Faire des affaires" ? Pas si simple, si l'on en croit un rapport de la Banque mondiale qui étudie la réglementation des affaires dans 183 pays du monde. Haïti y figure au 151e rang. "Il est très difficile de réaliser des transactions en Haïti et les droits de propriété y sont très mal protégés, décrit Sylvia Solf, l'une de ses rédactrices. Il faut obtenir le feu vert de nombreuses agences et des plus hautes autorités de l'Etat pour démarrer une activité : cela prend 195 jours en moyenne !"

Les délais y sont aussi parmi les plus élevés au monde pour obtenir un permis de construire, le raccordement à l'électricité et au téléphone. Pour la Banque mondiale, "il va falloir rapidement simplifier toutes les procédures de base et sécuriser les titres de propriété si l'on veut attirer les investisseurs".

Et ce d'autant plus, ajoute Mme Solf, qu'"il y a de fait une corrélation entre la complexité des procédures et le recours à la corruption". C'est là l'une des préoccupations majeures des bailleurs de fonds, alors que les organisations internationales et les "pays amis" d'Haïti ont reconnu, lors de la réunion de Montréal, le 25 janvier, que l'Etat haïtien, malgré des faiblesses de gouvernance aggravées par le séisme, était seul légitime pour gérer la reconstruction et coordonner une aide dont le total pourrait approcher les 20 milliards de dollars (14 milliards d'euros).

"La gestion de cet argent nous inquiète : nous craignons qu'une partie de l'aide soit détournée et ne bénéficie pas aux Haïtiens qui en ont besoin", prévient Marilyn Allien, présidente de la Fondation Héritage pour Haïti, la branche locale de Transparency International. Cette organisation non gouvernementale a attribué à Haïti la note de 1,8 sur 10 dans son indice de perception de la corruption 2009. Sept pays seulement sont plus mal notés.

"La corruption est endémique dans les institutions publiques haïtiennes, décrit Mme Allien. La pratique est devenue systématique. Les coupables bénéficient d'une impunité totale. C'est une pratique à haut rendement et à bas risque, qui concerne tout le monde : les fonctionnaires et les élus, le Parlement, le pouvoir exécutif, le monde judiciaire, le secteur privé..."

La création, entre 2004 et 2006, d'une unité de lutte contre la corruption, d'une Commission nationale des marchés publics et d'une unité centrale de renseignements financiers n'a pas suffi à assainir l'économie. "Le responsable de la Commission nationale des marchés publics a été kidnappé en février 2006, on n'a jamais retrouvé son corps", soupire Mme Allien.

Un précédent inquiète particulièrement Transparency International : l'organisation dénonce l'opacité qui a, selon elle, entouré l'utilisation des fonds affectés au programme de soutien après les ouragans de 2008. Et notamment les 197 millions de dollars (141 millions d'euros) prêtés par le Venezuela dans le cadre du fonds PetroCaribe. "41 % de cette somme ont été alloués à la Compagnie nationale des équipements, gérée par un proche du président René Préval, précise Mme Allien. Impossible de savoir ce qui a été fait exactement avec cet argent. Selon certaines allégations, une partie aurait servi à financer la plate-forme électorale Unité mise sur pied par le président Préval."

L'ancienne premier ministre, Michèle Duvivier Pierre-Louis, qui avait demandé des audits sur l'utilisation de ces fonds, a été limogée. Elle propose aujourd'hui que la reconstruction soit copilotée par les autorités haïtiennes et la communauté internationale. Elle sera vraisemblablement entendue.

"Vu l'état de la fonction publique haïtienne, nous devrons mettre en place des outils de suivi et de gestion renforcés, estime Bruno Lemarquis, expert au bureau des crises du Programme des Nations unies pour le développement. Il est possible que les agences internationales installent leurs propres services sur place pour mettre en oeuvre les programmes."

Un contrôle d'autant plus nécessaire que la Banque mondiale a proposé de créer un fonds unique rassemblant tous les financements de la reconstruction. "Or, un tel fonds fiduciaire impose de distribuer au pays une aide budgétaire générale et non des subventions fléchées sur des projets précis, observe une source diplomatique française. Cela implique une grande confiance dans la capacité du pays à gérer son budget de manière transparente." La confiance : encore un élément à reconstruire en Haïti.

vendredi 4 septembre 2009

Haïti: «Un agenda pour l'avenir»

Une communication de Marc L. Bazin au Colloque Sur le Sauvetage National

Santo Domingo – 28 – 30 Août 2009



Monsieur le Président,
MM. les Membres de l’Association des Pasteurs,
Mes chers Rudy Boulos, Jim Morrell, Turnep Delpé,
Mes Chers Amis,

Laissez-moi d’abord vous remercier de votre aimable invitation à participer à cet important colloque et de vous féliciter de l’excellente préparation de nos travaux. Laissez-moi aussi rendre hommage aux orateurs qui m’ont précédé à cette tribune pour l’exceptionnelle qualité de leurs interventions. Également, je compte sur vous pour transmettre aux autorités dominicaines ma haute appréciation de l’accueil cordial qu’elles ont bien voulu nous réserver dans leur pays.

Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,

Le Comité préparatoire m’a demandé de présenter un exposé sur le thème « Un Agenda pour l’Avenir ». Cet Agenda, je l’ai préparé. Il porte sur 12 points comme suit :
1. Faire de la croissance économique le moyen central de la lutte contre la pauvreté.
2. Augmenter les investissements
3. Bien choisir les moteurs de la Croissance
4. Adopter une approche territoriale du développement
5. Augmenter l’épargne interne
6. Redresser les faiblesses du secteur des banques commerciales
7. Créer une Banque Publique de Développement Agricole & Indus-triel
8. Mettre de l’ordre dans les entreprises publiques
9. Proposer un nouveau concept et des mécanismes nouveaux de l’aide étrangère.
10. Faire une série d’émissions de « bons diaspora »
11. Faire baisser le poids de l’augmentation de la pression démogra-phique
12. Conduire la bataille contre les inégalités.

En conclusion : dégager les voies du rapprochement nécessaire entre Haïti et la République Dominicaine, un rapprochement qu’imposent aussi bien le bon sens que la nature des choses.

Mais avant de vous présenter cet Agenda point par point, je voudrais faire trois remarques :

1) Il s’agit d’un programme destiné à se réaliser sur une période de 5 ans.
2) La réalisation du programme assume qu’il est conduit par une extrê-mement large coalition de femmes et d’hommes de bonne volonté, sans distinction de clans ou d’idéologies. Il suffit que ces hommes et ces femmes soient des transformateurs et qu’ils fassent passer les inté-rêts d’Haïti avant leurs intérêts personnels.
3) Pour vous faire partager les enjeux, il convient en guise d’introduction que je vous dise quelques mots sur la situation au point de départ.

Quel est notre point de départ ?

Haïti est un cas spécial. Contrairement à ce qui s’est passé dans la plupart des pays sous-développés au début des années 80, chez nous, ce qu’on a appelé la crise de la dette n’était pas seulement le fait d’une faillite de la politique financière, d’inflation et de fuite de capitaux. S’il ne s’était agi que de cela, un simple exercice de redressement des finances publiques aurait suffi. Chez nous, la crise de la dette s’est également accompagnée d’un déficit de légitimité politique, lequel découlait de méthodes autoritaires et familiales d’exercice du pouvoir, du désarroi de l’appareil administratif et de pratiques de corruption généralisée. La nature multiple de notre crise de la dette a donné lieu à trois phénomènes de correction qui ont prétendu changer pour longtemps la contexture sociopolitique de notre pays.

Les 3 phénomènes sont :
§ Démocratisation
§ Stabilisation
§ Libéralisation commerciale.

Il s’agissait donc de trois défis de taille.
Aujourd’hui nous pouvons dire qu’aucun de ces défis n’a été relevé, ni complè-tement ni de manière satisfaisante.

§ L’ordre constitutionnel a été brutalement interrompu à deux reprises en 10 ans, suivi chaque fois d’une occupation étrangère.

§ Les règles électorales ont souvent été manipulées, contournées et vio-lées avec un taux d’abstention de plus en plus élevé.

§ Les exécutifs, même quand ils jouissaient de la légitimité populaire et de l’autorité charismatique, se sont souvent montrés maitres de la tactique politicienne mais incertains quant au sens de la direction qu’il convenait d’imprimer au pays.

§ Le Parlement a souvent été le reflet non pas de partis politiques avec programmes et structure nationale mais de personnalités à forte ambi-tion individuelle sans souci d’institutionnaliser la démocratie.

§ La libéralisation des échanges commerciaux a été intempestive et n’a pas fait augmenter les exportations aujourd’hui, le déficit budgétaire est de $50 millions et pour la première fois depuis juin 2003, la balance des paiements est négative cette année.

Autant de faits et d’évènements qui ont conduit le pays à la paralysie, entrainé la perte de confiance du peuple dans la capacité, ou même la volonté des dirigeants à améliorer sa condition, ce qui l’a souvent forcé à choisir la route des humiliations ou la mort en haute mer, les deux générateurs de conflits avec nos voisins. Dès lors, la communauté internationale, une fois de plus consciente des risques que Haïti devienne de manière irrécupérable un foyer de déstabilisation et de terrorisme pour la sous-région, s’est dépêchée de nous envoyer, du niveau le plus élevé, un nouveau messager de l’espoir et de la délivrance.

Tel est, mes chers Amis, le contexte général dans lequel a été élaboré le projet d’Agenda que j’ai l’honneur de vous soumettre.

I - Faire de la croissance économique le moyen central
de la lutte contre la pauvreté.

Voilà, j’en conviens volontiers, un sujet qui devrait vous étonner. Car il est acquis, n’est-il-pas vrai ? que la pauvreté est notre problème No 1 et que c’est par la croissance que l’on réduit la pauvreté. Malheureusement au-jourd’hui, chez nous, la politique qui se fait n’est pas une politique de crois-sance mais une politique de stabilisation macroéconomique, laquelle se préoc-cupe avant tout d’éviter la hausse des prix et le déficit de sa balance des paiements. Malheureusement, cette politique de stabilisation, pour néces-saire qu’elle soit, ne s’accompagne pas du climat institutionnel qui aurait per-mis au secteur privé de prendre des risques et d’investir. Car ce secteur privé est contraint de fonctionner sans électricité, sans téléphones, sans des services portuaires efficaces et à bon prix, le tout aggravé par des règlements administratifs alambiqués propices à la corruption. Entre une stabilité macroéconomique rigide et un climat institutionnel pénalisant, la pauvreté n’a pas diminué et à poursuivre dans les voies d’à présent les commentateurs les plus optimistes pensent qu’il nous faudra attendre trente six ans pour réduire la pauvreté de moitié. Il nous faut donc sortir de ce guêpier et aller résolument vers la croissance, ce qui suppose évidemment un meilleur climat institutionnel et aussi une augmentation des investissements.

II – Augmenter les investissements

J’aurais aimé pouvoir vous dire de combien il conviendrait d’augmenter les investissements. Mais je ne sais pas et je ne peux pas savoir. « Pourquoi » ? Parce que, à simplement constater nos tableaux statistiques, le niveau actuel de l’investissement serait déjà de 28 - 30% du PIB. Or, 28-30% d’investissements représente dans tous les pays du monde un taux suffisant pour générer une croissance de l’ordre de 5-6% par an. Or, en Haïti, en dépit des soi-disant 30% d’investissements, il n’y a pas de croissance. Alors, que se passe-t-il ? Il y a trois hypothèses : Ou bien on compte pour investissements toutes dépenses financées par l’aide étrangère, même quand il ne s’agit pas, à proprement parler, d’investissements. Ou bien, les importateurs de biens d’équipements, pour des raisons fiscales, font passer pour investissements des biens de consommation. Ou bien nous dépensons vraiment 30% du PIB mais cet argent est détourné à d’autres fins. Alors, vous avez le choix : incompétence, fausses déclarations ou détournements de fonds. Dans tous les cas, il existe un besoin de clarification.

III – Bien choisir les moteurs de croissance

Investir, mais où, dans quels secteurs ?
a) Dans l’agriculture. Nous sommes un pays agricole et les rendements sont désespérément faibles. Il faudra dons non seulement favoriser aux plan-teurs l’accès à l’eau, à l’énergie, aux engrais et insecticides, mais lancer à vaste échelle des programmes de récupération des terres et de protection des bassins versants. Également, il conviendra de donner une haute priorité à l’investissement public et des incitations au secteur privé pour des inves-tissements créateurs d’emplois en milieu rural.

b) Dans les infrastruc-tures, dont l’état actuel est inacceptable. A titre de comparaison, la Répu-blique Dominicaine est desservie par 6000 Km de bonne route, nous à peine 1,000. Chaque Dominicain a à sa disposition 340 watts d’électricité. Chaque Haïtien, 27 Watts. Les logements, l’environnement dans les zones pauvres, les bidonvilles sont dans un état déplorable. Des plans nationaux devraient être élaborés et leur financement assuré par l’Etat avec de nouvelles res-sources.

c) Dans l’éducation, où les dépenses par élève devraient passer de $25 à $200.

d) Dans la santé, où les dépenses devraient passer de $25 à $50. e) dans l’assemblage et le tourisme, lesquels devraient bénéficier d’une politique fiscale adaptée aux besoins.

IV - Adopter une approche territoriale de développement

Une telle approche serait basée sur l’idée, déjà adoptée par le gouverne-ment actuel au stade pilote, que les acteurs locaux et régionaux devraient être impliqués dans la planification stratégique du processus de dévelop-pement de l’infrastructure en ce sens que s’ils ont une bonne connaissance des obstacles, ils pourraient ne pas avoir conscience du potentiel pour l’exportation, de la situation dans les pays voisins. Une telle approche stratégique, soutenue par le pouvoir central aiderait à combler ce vide. La route pilote Dondon-St Raphael et aussi Thiotte-Anse-à-Pitre devrait apporter une grande contribution à la pénétration de nouveaux marchés par les produits agricoles. Cette manière de faire serait systématisée et généralisée.

V - Augmenter l’épargne interne

Il n’y a pas de croissance sans augmentation de l’épargne. L’épargne publique, à l’heure actuelle, ne représente même pas 1.6% de G.200 milliards (le PIB) et devrait donc être augmentée considérablement. Les ressources publiques devraient passer de 10 ã 15% du PIB en cinq ans à la fois
§ Par un renforcement de l’efficacité du système fiscal
§ Un élargissement de l’assiette
§ Une lutte sérieuse contre la corruption

VI – Corriger les faiblesses du secteur des banques commerciales

Le Secteur des banques commerciales est le haut lieu des concentrations
§ Dans les avoirs : 3 banques en ont 62%
§ Dans l’allocation des crédits : 10% des emprunteurs individuels reçoi-vent 70% des crédits
§ Dans le choix des activités économiques : les services et les consomma-tions sont les gros bénéficiaires, l’agriculture et le transport pratique-ment rien.
§ Dans les mécanismes : tous les crédits sont à court terme, à long terme rien.
§ Quant à la catégorie sociale des déposants : à peine 0.16% des Haïtiens ont accès à un crédit bancaire.
§ Quant à l’écart entre les taux d’intérêts sur les dépôts et les taux sur les prêts : il est le double de ce qu’il est ailleurs dans la Caraïbe.
Il conviendra donc de donner aux banques commerciales les garanties juri-diques qu’à bon droit elles demandent quant à la fiabilité des titres de pro-priété, de créer entre les banques un climat de compétition plus incitateur, en attendant, et de créer une Banque Publique de Développement.

VII - Créer une Banque Publique de Développement

L’objectif serait de financer l’agriculture, les Petites et moyennes entre-prises, à long terme et à des taux d’intérêts qui seraient rémunérateurs mais non pénalisants. La proposition de créer une Banque Publique de Développement a soulevé deux catégories de réactions.
Dans un camp, on s’est frotté les mains en s’imaginant que Banque Publique signifiait automatiquement retour à l’IDAI et à la pratique de prêts géné-reux pour de mauvais projets, pas vraiment remboursables avec préférences pour des gens politiquement bien placés.
Dans l’autre camp, c’est l’orthodoxie qui prévaut : comment, s’est-on indigné, envisager de faire du financement public par ces temps de privatisation à outrance ?
Au premier, nous répondons qu’il n’y a pas une fatalité de la mauvaise gestion pour une banque, au seul motif qu’elle serait publique. Un bon Conseil d’Administration, un personnel compétent, des règles d’opérations bien éla-borées pouvant éviter toute déviation par rapport aux normes. Aux seconds, nous rappelons que le secteur public, de nos jours encore, contrôle la plus grande partie du crédit dans la majorité des pays sous-développés.

VIII – Mettre de l’ordre dans les entreprises publiques

Il s’agit d’entreprises chargées de fournir l’eau, l’électricité, le téléphone, d’assurer les services portuaires. Il s’agit donc d’entreprises qui sont le poumon de la société et de l’économie. Or, elles sont mal gérées, leur per-sonnel est en surnombre. En 2005, le montant des subventions à l’EDH était de $47 millions. Telle est l’incertitude qui règne dans le port de Port-au-Prince que beaucoup d’importateurs font transiter leurs commandes par la République Dominicaine. Ces entreprises, il s’agira donc soit de les gérer en contrats stricts, soit de les privatiser mais, dans un cas comme dans l’autre il conviendra de mettre en place, à l’avance, des organes de contrôle et de régulation chargés de surveiller et de sanctionner la corruption, de fixer les marges de prix aux consommateurs et de vérifier à tous moments la confor-mité de la gestion avec les termes du contrat.

IX – Introduire un nouveau concept et
des mécanismes nouveaux de l’aide étrangère.

Commençons par relever que les besoins d’aide étrangère sont considérables. Pour réaliser le Document pour la Croissance et la réduction de la pauvreté, il faudrait compter entre $5 – 7 milliards. Pour financer les dépenses de fonctionnement de transport et d’infrastructure de ces 5-7 milliards d’investissements, il faudra entre 5 à 30% de plus. Pour financer les dé-penses imputables à la réalisation des Objectifs du Millénaire, il faudrait compter environ $1.4 milliard par an d’ici 2015, soit environ $8.5 milliards. Or nous savons que, en ce moment précis, le Trésor Public est en déficit de $50 millions.
La conception Haïtienne de l’aide étrangère est mauvaise. Elle consiste à faire l’inventaire de nos besoins et à présenter la facture aux donateurs avec, très souvent, force accusations et récriminations. Nous devrions, au contraire, établir un calendrier de besoins assorti d’un échéancier des résul-tats, après qu’on aurait établi non seulement la part propre de l’effort natio-nal mais aussi un diagnostic complet des problèmes et des moyens - en res-sources humaines, équipements et entretien - par lesquels nous entendons réaliser notre plan d’investissement.
De même, nous devons essayer d’élargir le cadre de la coopération en re-cherchant notre intégration à l’Accord CAFTA (Caribbean Free Trade Agreement) avec les U.S.A., dont d’autres pays d’Amérique Centrale, y com-pris la République Dominicaine, sont déjà membres. L’avantage d’un tel Ac-cord serait qu’il consisterait un engagement ferme et définitif des USA, pas une concession révocable, et qu’il ouvrirait la voie à un flux d’investissements étrangers qui nous ont fait défaut jusqu’ici.
Une autre voie à explorer serait un Accord avec les USA qui faciliterait l’entrée sur leur territoire, chaque année, d’un contingent de nos compa-triotes et leur embauche dans l’agriculture et les services, en échange de quoi Haïti s’engagerait à veiller à leur rapatriement dès la fin de leur con-trat. Un tel Accord rendrait certains secteurs plus compétitifs aux USA, donnerait aux immigrants un pécule investissable en Haïti, diminuerait la pression des boat people et des braceros et améliorerait la nature de nos rapports avec nos deux voisins.
Au lieu de quoi, nous n’avons pas une bonne capacité d’absorption de l’aide étrangère. Souvent nous donnons l’impression de n’accepter le principe des réformes que comme le prix à payer pour recevoir l’aide. Les contrats d’exécution sont passés sans une procédure rigoureuse d’appels d’offres. Parallèlement, du coté des donateurs, l’aide est parfois liée, donc revient plus cher, est assortie de nombreuses conditions qui en rendent la consommation malaisée. De ce fait, elle donne lieu à des suspensions répétées et conduit les donateurs à la faire passer par les ONG.

X – Émettre « des bons diaspora »

En supposant réglée la question de la double nationalité et apaisées les ten-sions entre les deux communautés, on devrait pouvoir envisager l’émission par la BRH de bons à souscrire par les Haïtiens de l’extérieur dont les transferts au pays se chiffrent à plus de $1.5 milliards par an à l’heure actuelle. De tels bons qui auraient pour objectif de contribuer au développement, permettraient également aux souscripteurs de diversifier leurs portefeuilles. Ces bons seraient émis à long terme, non négociables, à échéances multiples et comprendraient des coupures de $100 à $1000. Ils ne seraient payables qu’à maturité.

L’expérience de tels bons a été faite par Israël dès Mai 1951 et repré-sente, à hauteur de $25 milliards, environ 32% de sa dette extérieure. C’est avec ces ressources qu’Israël a entrepris avec succès de grands travaux de désalinisation de l’eau de mer.

Une expérience de la même famille a été faite par l’Inde. La Banque de l’Inde s’adresse aux nationaux résidant à l’étranger et leur offre des taux plus rémunérateurs que ceux disponibles sur le marché des pays où ils rési-dent. Les bons sont émis dans toutes sortes de devises. Fin 1991, le porte-feuille de ces bons était de $11 milliards.

XI – Ralentir le taux d’augmentation de la pression démographique

Le taux moyen de croissance de la population a été de 1.4% entre 1971 et 1982. Entre 1982 et 2003, le taux d’accroissement a été de 2.5%. L’urbanisation également a été rapide – 4.9% par an – et le pourcentage de population vivant dans les villes est de 40% alors qu’en 1982 ce pourcentage était de 25%. De plus, la population est jeune. La moitié des Haïtiens a moins de 15 ans et 2/3 sont en dessous de 25 ans. Une telle structure de population signifie qu’une explosion de la population est inévitable, si l’Etat ne se donne pas pour mission de réduire le taux d’accroissement par l’intensification des méthodes de planification et la formation.

A défaut, la pression sur les déjà maigres ressources du sol et les services sera intolérable. Entre 1960 et maintenant, la densité a doublé, atteignant le haut niveau de 300 personnes par Km².


XII – Engager une lutte drastique contre les inégalités

De même que les chances d’amélioration des conditions de vie sont pratique-ment nulles aussi longtemps que la population continuera d’augmenter à ce rythme alors que la superficie n’augmente pas de 1 Km² de plus, de même les inégalités doivent se réduire si nous voulons la croissance.

Haïti est le pays le plus inégalitaire d’Amérique latine et de la Caraïbe. L’Amérique latine est le continent le plus inégalitaire du monde. En Haïti, 10% de la population disposent de 50% du revenu national. Mesuré au coef-ficient de Gini, - unité de mesure de concentration des richesses qui va de 0 à 1 et selon lequel plus on s’éloigne de 0, plus inégalitaire on est- les pays, Finlande, Canada les moins inégalitaires sont à 0.4 de coefficient. L’Amérique latine à 0.52, Haïti à 0.66.

Chez nous, les inégalités à la naissance se perpétuent toute la vie et se re-produisent de génération. Cela est moralement injuste. Cela est également catastrophique sur le plan de l’économie, car les inégalités exercent une pression à la baisse sur le taux de croissance, dès lors que 90% de la popula-tion ne disposent que des moyens limités pour participer à l’augmentation de la production. Combattre les inégalités passe par une égale répartition des opportunités entre tous dès l’enfance et des mesures de rattrapage et d’égalisation des chances sur le marché du travail. Seule une Conférence Na-tionale peut fournir le cadre d’un débat utile sur les options, le coût et le partage des coûts d’une politique nationale de lutte contre les inégalités.

Conclusion : Le nécessaire rapprochement entre Haïti et la République Domi-nicaine

En 1960, les deux pays avaient le même niveau de revenu par tête i.e. $500. Aujourd’hui en 2009, Haïti est environ au même niveau qu’en 1960. La Répu-blique Dominicaine, en 2002, avait un revenu par tête de plus de $2.500, soit cinq fois plus que nous. L’indice de fragmentation géographique est le même. Les U.S.A. sont le principal partenaire commercial de l’un et l’autre. Comme les Dominicains, nous avons accès aux facilités du Caribbean Basin Trade Act. Les deux pays ont subi les mêmes entraves sur la croissance de la baisse des prix des produits primaires sur le marché mondial.

Comment expliquer la différence de performance économique ?

a) L’environnement économique est plus favorable au secteur privé en Ré-publique Dominicaine, au point où les Dominicains exportent pour plus de $4 milliards de l’industrie d’assemblage, bénéficient de plus de $900 millions d’investissement. De plus, 30% des envois des Dominicains de l’étranger ($2 milliards) vont aux investissements alors que, chez nous, le plus gros des envois de l’étranger va à la consommation.

b) L’analyse comptable des composantes de la croissance montre que les différences de performance sont imputables à la différence en gains de productivité. En Haïti, les baisses dramatiques du revenu dans les an-nées 1980 et 1990 sont liées à la baisse de la productivité totale des facteurs alors que l’inverse est vrai en République Dominicaine.

c) Le tourisme représente 6 à 7 % du PIB dominicain. Le nôtre s’est ef-fondré. De même, la libéralisation intempestive du commerce extérieur sans qu’elle fut accompagnée de mesures propres à relancer l’offre a contribué à l’effondrement de plusieurs produits agricoles alors que la République Dominicaine avait mieux négocié son détachement de la pro-duction traditionnelle (sucre, tabac, café, cacao, minerais).

d) La phase de transition démocratique a donné lieu à plusieurs compromis entre les principaux acteurs et a moins perturbé la stabilité politique alors que, chez nous, la plupart des crises politiques se sont soldées par la violence.

La principale raison des tensions entre les deux pays réside dans la pression sociale que les haïtiens en situation illégale font peser sur le pays voisin, en dépit des immenses services qu’ils rendent à son économie.

La solution à l’atmosphère de crise permanente entre les deux pays est dans le rapprochement du niveau de performance économique d’Haïti par rapport à la République Dominicaine. Les circonstances sont favorables.

Le potentiel d’augmentation de production et d’exportation de l’industrie d’assemblage et de création d’emplois est considérable. Notre main-d’œuvre est abondante et habile. Les zones franches dominicaines, concentrées sur l’industrie d’assemblage font face à une concurrence sévère par suite de l’élimination de l’Accord Multi-Fibre, ce qui pousse les producteurs à s’orienter de plus en plus vers de nouveaux produits et de nouvelles tech-niques de production. De même, la décision de l’Organisation Mondiale du Commerce de faire cesser la promotion de politiques d’exportation pour les zones franches dominicaines en 2010 nous offre un potentiel d’augmentation de notre part d’accès sur le marché américain de l’assemblage et des pers-pectives d’arrangements de coproduction combinant main-d’œuvre haïtienne et production dominicaine. D’ailleurs, il n’y a pas de raison que la coproduc-tion se limite à l’industrie d’assemblage dès lors que les principales contraintes haïtiennes à la production (mauvais climat institutionnel, infrastructure déla-brée, formation déficiente) auront été levées. A ces mesures directes d’atténuation des écarts de performance entre les deux pays pourraient s’ajouter l’intégration d’Haïti à l’Accord DR.CAFTA, l’accroissement de la mobilité des ressources de main-d’œuvre haïtienne vers les U.S.A. à travers un Accord bilatéral et la mise en place d’un Accord d’harmonisation des poli-tiques économiques et commerciales entre les deux pays, au plan notamment d’un traitement équilibré de la production et des échanges entre les deux pays.

Un tel rapprochement serait une initiative de bon sens conforme à la nature des choses.

Marc L. Bazin
Président, MIDH

Santo Domingo, 30 aout 2009.-

vendredi 21 août 2009

Haïti: « L'économie sociale et solidaire, l'avenir d'Haïti »

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L'économiste Pierre-Marie Boisson
(Photo: François Louis)
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« L'économie sociale et solidaire est l'avenir des pays sous-developpés, donc l'avenir d'Haïti », selon les estimations de l'écomiste Danel Georges, membre fondateur du Mouvement d' Unité de la Communauté de l'Intégration (MUCI), qui explique que tous les pays developpés ont pour base ce type d'économie pour faire accéder au crédit ceux qui ont les revenus les plus faibles. Même les Etats-Unis d'Amérique ne font pas exeption. Invité de Magik 9 sur le 100.9, M.Georges a partagé le panel du vendredi 21 août avec l'économiste en chef de la Sogebank, Pierre-Marie Boisson.

L'Etat ne peut pas résoudre tous les problèmes posés par les opérateurs économiques qui peuvent se regrouper, s'associer, c'est-à-dire former des mutuelles, des coopératives pour accéder plus facilement au crédit comme c'est le cas dans divers pays devenus développés, souligne M. Georges pour que le crédit est l'un des moteurs de l'économie.

Définissant l'économie sociale et solidaire comme l'ensemble des personnes qui nónt pas d'importants revenus et qui se regroupent pour pouvoir subvenir à leurs besoins comme la consommation, le crédit, le logement, les soins médicaux...

« Le crédit est-il un frein ou est-il freiné, ou encore est-il l'accélérateur devenu un frein de l'économie?» se demande l'économiste en chef de la Sogebank, Pierre-Marie Boisson, qui déclare sans ambages qu'il y a intérêt à ce que le système financier soit plus profond.
M. Boisson attire l'attention sur le facteur «Risques» dans l'octroi de crédits aussi bien pour les institutions financieres, particulierement les banques commerciales que pour les déposants.

A la question de savoir si les banques auraient un quelconque problème avec les coopératives, l'économiste en chef de la Sogebank soutient que l'aire où interviennent les coopératives n'est la même que celle des banques commerciales. De ce fait elles ne sont pas des compétitrices directes des banques.

«Dans les pays où l'économie est prospère, il y a beaucoup plus d'institutions non bancaires dans le système financier qu'en Haïti. Aux Etats-Unis, les banques ne représentent que 30 % des actifs financiers », a encore indiqué Pierre-Marie Boisson.

Les deux invités se sont entendus que les coopératives qui ont fait faillite en 2002 n'étaient pas de vraies. Ils sont d'accord que ces coperatives dites d'épargne et crédit étaient des mécanismes de pyramide qui ont menti aux épargnants parce que leurs responsables savaient pertinemment qu'elles n'allaient pas tenir.

Source: Le Nouvelliste, 21 août 2009

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